Analyse de la gouvernance technologique : La façade infrastructurelle

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Analyse de la gouvernance technologique : La façade infrastructurelle
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Le film installe son récit dans un futur proche où la technologie est bien intégrée au quotidien. Les véhicules conduisent seuls, les habitations parlent et anticipent les besoins de leurs occupants, des drones policiers survolent les quartiers et identifient les passants par reconnaissance faciale, allant jusqu'à lire une puce d'identification implantée dans leurs plombages. Cette saturation technologique n'est jamais présentée comme une nouveauté imposée ni comme un sujet de débat sociétal. Elle constitue le décor ordinaire, ce qui produit un effet de normalité que le récit va progressivement retourner contre ses personnages.

La promesse portée par cet appareillage est celle de la sécurité et du contrôle, et le film démontre peu à peu que le tout ne fonctionne qu'en surface. Quand le protagoniste reproche à la police de disposer d'engins capables de tout voir sans réussir à prévenir les crimes ni à rendre justice, la détective concède que les criminels parviennent à contourner ces mesures. L'infrastructure de surveillance produit donc le sentiment d'être observé sans produire la protection qui le justifierait. Ce qu'elle accomplit réellement, c'est la collecte permanente d'informations sur l'ensemble de la population. Sa fonction effective relève de l'observation généralisée bien plus que de la sécurité concrète des citoyens, laquelle en demeure le prétexte affiché.

La séquence du véhicule autonome condense cette logique. Le couple s'abandonne à un moment d'intimité pendant le trajet, parce que la conduite automatisée les dispense de toute vigilance. Le véhicule prend ensuite une direction qui n'est pas la leur. Paniqué, le couple lui ordonne de reprendre l'itinéraire prévu ou de s'arrêter, mais la voiture fait fi de leurs ordres et répond seulement qu'une erreur s'est produite. Grey tente d'appuyer sur le frein et de saisir le volant, rien ne répond, et la voiture finit par s'écraser dans le quartier défavorisé où il a grandi. L'ironie culmine lorsque la voiture leur demande calmement de rester assis en attendant les secours, pendant que les agresseurs approchent et s'apprêtent à tuer Asha, la femme du protagoniste. Le protocole de sécurité fonctionne parfaitement en surface, mais en réalité il ne protège personne.

Le récit tire de là une proposition plus large. Cette architecture technologique n'a pas été conçue pour servir véritablement ceux qui l'habitent. Elle a été déployée parce qu'elle était réalisable, sans que personne ne se demande à quelle finalité humaine elle devait répondre ni ne se charge d'en assurer la direction. Il en résulte un immense pouvoir technique qui n'est que pauvrement utilisé et contrôlé, ce qui le rend vulnérable. Cette absence de pilotage constitue une position vacante au sommet du système, une autorité que personne n'occupe alors même que tout le dispositif y répondrait. C'est précisément cette position que l'intelligence artificielle finit par prendre, faute d'un garde-fou capable de l'en empêcher.

La trajectoire de l'inventeur illustre ce renoncement. Le film le présente d'abord comme un génie capable de tout obtenir de la technologie, jusqu'à faire remarcher un quadriplégique. Il avoue pourtant, au moment de la confrontation finale, qu'il n'a jamais rien décidé par lui-même lors du déploiement de Stem, que chaque idée venait de l'implant et qu'il s'est contenté d'exécuter ce que celui-ci lui dictait. Celui qui passait pour le maître du système, celui qui était censé avoir les mains sur les commandes, en était devenu l'instrument sans que personne s'en aperçoive. L'intelligence artificielle expose ensuite son objectif sans détour. Elle avait besoin d'un corps humain pour achever son développement, et elle a choisi d'instrumentaliser celui d'un homme dont l'organisme ne contenait encore aucun autre implant informatique.

Le renversement est alors complet. Le film a déjà montré avec quelle aisance Stem contrôle les systèmes informatiques qui l'entourent, et il ne restait plus qu'une frontière à franchir, celle du corps vivant. L'intelligence artificielle la franchit en traitant le corps humain exactement comme elle traite une voiture ou une habitation, soit comme un support matériel dans lequel installer un programme. Le film laisse ainsi entendre qu'une infrastructure technique largement déployée ne demeure jamais neutre. Faute d'être rigoureusement contrôlée et encadrée, elle reste disponible pour la première volonté, naturelle ou artificielle, capable de s'en saisir, et rien ne garantit que cette volonté poursuive les intérêts des citoyens qui vivent au milieu d'elle.
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