Le corpus d'entraînement comme autobiographie
Item
- Titre de la relation / annotation
- Le corpus d'entraînement comme autobiographie
- Argument de l'annotation
-
Entre 2017 et 2019, la troisième génération de Drawing Operations, intitulée Collectivity, prend la forme d'un essaim d'une vingtaine de petits robots peintres baptisé D.O.U.G._L.A.S. (Live Autonomous System), présenté publiquement sous le titre Omnia per Omnia (2018). Chung collabore avec Larry O'Gorman, chercheur chez Bell Labs, qui lui fait connaître un système de vision par ordinateur fondé sur le flux optique, une technique qui calcule des vecteurs de mouvement entre images successives d'une vidéo. Elle applique ce système à des images de vidéosurveillance publiquement accessibles de New York, en extrait des données de trajectoires, puis relie ces vecteurs au comportement de l'essaim pendant une performance en direct où elle peint aux côtés des robots. Un compte rendu indépendant de la performance, publié dans White Hot Magazine (Abraham, 2018), confirme sans détour ce dispositif : « the robots are using surveillance footage and have the collective movement of the city power the movement of their swarm ».
Chung ne présente cependant jamais ce geste dans un vocabulaire de surveillance ou de captation de données. Elle le décrit plutôt comme un élargissement de sa propre perception, empruntant explicitement le concept d'Umwelt au biologiste Jakob von Uexküll (Umwelt und Innenwelt der Tiere, 1909), qui désigne le monde perceptif propre à chaque organisme. Le texte qui accompagne l'œuvre pose la question « Where does "I" end and "we" begin? » et présente la ville comme un « chef d'orchestre » de l'agentivité robotique, l'ensemble formant un « portrait éphémère d'une ville en perpétuelle transition » qui réinvente la tradition de la peinture de paysage.
Cette manière de nommer l'œuvre peut être mise à l'épreuve d'un travail plus critique sur la donnée urbaine. Dans A City Is Not a Computer (2021), la chercheuse en études urbaines Shannon Mattern conteste la métaphore, aujourd'hui dominante dans les discours sur la ville intelligente, qui traite la ville comme une source de signal à capter et à traiter : cette métaphore, écrit-elle, efface systématiquement le contexte vécu, les rapports de pouvoir et les personnes concrètes que la donnée abstrait en simple mouvement mesurable. Le geste technique d'Omnia per Omnia correspond exactement à ce que Mattern décrit, avec toutefois un déplacement notable : là où la critique de Mattern vise d'ordinaire un vocabulaire administratif et gestionnaire (le tableau de bord, l'optimisation), Chung reformule le même geste dans un vocabulaire biologique et poétique. Le passage d'un vecteur de mouvement extrait d'une caméra de surveillance à une notion comme l'Umwelt, empruntée à la biologie sensorielle, fonctionne comme une opération de naturalisation : elle déplace une matière d'origine infrastructurelle et administrative (des flux de vidéosurveillance urbaine) vers un registre organique et relationnel (une extension de la perception vivante), sans que cette transposition soit elle-même interrogée dans le discours de l'artiste.
Ce déplacement n'appelle pas nécessairement un jugement : Chung ne revendique à aucun moment une réflexion sur le consentement des personnes filmées. Ce qui reste notable, c'est l'écart de registre : la même donnée que la littérature critique urbaine décrit comme un problème de pouvoir et de surveillance devient, dans le discours de l'œuvre, une question de perception partagée et de poétique du geste. - Mot clé(s) associé(s)
- Capture optique du mouvement
- Consentement
- Données d'entraînement
- Éthique des données
- Surveillance
- Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
-
DOUG (Drawing Operations Unit: Generation 1-6)
- E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
-
Julie-Michèle Morin
Linked resources
| Title | Class |
|---|---|
DOUG (Drawing Operations Unit: Generation 1-6) |
Annotations
There are no annotations for this resource.





