Analyse esthétique : Quatre cadres, quatre distances, quatre ressentis

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Analyse esthétique : Quatre cadres, quatre distances, quatre ressentis
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Le film ne garde jamais le même cadre. Le présent est tourné en scope, dans un format très allongé qui ajoute deux bandes horizontales, et il privilégie les plans larges, fixes et tenus, où la caméra reste à distance de ses personnages. Quand les deux parents se parlent à distance, l'image se resserre brusquement et des bandes verticales viennent l'enserrer des deux côtés. Et lorsque le père chausse les lunettes qui lui donnent accès aux souvenirs de l'androïde, le cadre s'ouvre presque entièrement, la caméra passe à l'épaule et se place à hauteur du regard de celui qui se souvient. Chaque format correspond ainsi à un régime de présence, et le spectateur apprend à les reconnaître sans qu'aucune explication ne lui soit donnée.

L'effet est immédiat. Le format large tient à distance. Les plans y sont longs, fixes, composés avec rigueur, et le corps éteint de l'androïde y repose au milieu d'un décor d'objets, indistinct parmi les autres choses inanimées du lieu. On regarde la mort d'un membre de la famille comme on regarderait un objet en panne. Le cadre resserré des conversations à distance produit autre chose, une compression, presque un enfermement, et l'échange entre les époux y gagne une froideur. Le chef opérateur a d'ailleurs choisi pour ces plans un objectif ancien parce qu'il rappelait le cadre domestique du cinéma japonais classique.

L'ouverture du cadre dans les souvenirs renverse tout. Il n'y a plus de bordure, plus de recul, et le grain de l'image change en même temps que le format. La palette du présent est terreuse et sobre, des bruns, des beiges, des verts profonds, des ombres douces sans arête. Les souvenirs, eux, sont plus vifs et plus contrastés. Le film y ajoute un trouble que rien ne commente. Certains moments reviennent deux fois, vus sous deux angles, doublés au son, comme si deux fragments de mémoires se partageaient le même instant. En variant ainsi ses cadres, le film fait porter au format lui-même ce que le dialogue ne dit jamais. La distance ou la proximité que nous entretenons avec les choses et les gens qui nous entourent constitue l'un des éléments centraux de notre perception, tant sensorielle qu'émotive.
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After Yang
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Keven Laporte

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