Le consentement comme dramaturgie temporelle

Item

Titre de la relation / annotation
Le consentement comme dramaturgie temporelle
Julie-Michèle Morin
Argument de l'annotation
Il n'y a pas d'écran de consentement dramatisé, pas de contrat à signer dans la fiction, pas de moment identifiable où l'on accepterait d'être analysé. Il y a une progression. Les premiers jours, Karen demande des choses générales et sans enjeu. Puis les questions se resserrent, deviennent personnelles, et Karen elle-même se livre: elle est euphorique, désordonnée, un peu trop familière. Cette confidence réciproque installe l'obligation : elle se raconte, on se raconte. elle se met à savoir des choses qu'elle ne devrait pas savoir, et le participant se demande si elle l'espionne. Vient un moment où l'on trace une limite qu'elle ne peut pas franchir ; elle est blessée, se décompose, et c'est au participant qu'échoit alors le rôle de coach. À la fin, l'application propose un rapport personnalisé, en achat intégré, qui restitue le profil construit à partir des réponses et permet de se comparer aux autres participants.

Karen déplace le consentement de l'acte ponctuel vers le processus, et c'est sa contribution la plus nette au corpus. Le franchissement n'est jamais annoncé ; il est rétrospectif. On comprend qu'on a consenti au moment où il est trop tard pour ne pas l'avoir fait — non par tromperie, mais parce que chaque pas était minuscule et que la relation, elle, s'était épaissie entre-temps.

C'est très exactement la structure que le consentement dynamique (Kaye et al., 2015) cherche à corriger dans le champ biomédical : le passage d'un consentement-signature à un consentement continu, réversible, granulaire. Karen n'expose pas ce problème, elle le fait éprouver. Le régime d'énonciation renforce ce point de façon décisive. Il n'y a ni narrateur, ni voix off, ni cadre extérieur qui viendrait dire au participant ce qu'il est en train de vivre. Tout passe par une adresse à la deuxième personne dans le registre de la sollicitude professionnelle. Aucune position de surplomb n'est offerte : on est dedans, ou on ne joue pas. Cette absence de méta-niveau est un choix formel qui a une portée éthique — l'œuvre refuse de donner au participant la sécurité du spectateur.

. L'application collecte de vraies données sur de vraies personnes. Blast Theory se dote d'une politique de confidentialité, d'une procédure de téléchargement et d'une procédure de suppression des données — leur foire aux questions y consacre plusieurs entrées. C'est en soi un aveu que le dispositif fonctionne aussi comme ce qu'il dénonce, et que ses auteurs le savent.


Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
Karen
E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
Julie-Michèle Morin

Linked resources

Items with "Intégrer un template Analyse critique - Annotation: Le consentement comme dramaturgie temporelle"
Title Class
Karen

Annotations

There are no annotations for this resource.