Deux destinataires, une seule voix
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- Deux destinataires, une seule voix
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Le trait le plus révélateur du régime d'énonciation de Woebot Health tient à une superposition rarement explicitée comme telle : le lexique relationnel est destiné à une personne susceptible d'avoir besoin de soutien, tandis que l'architecture commerciale du produit s'adresse largement à des institutions. La voix qui promet une présence disponible au moment du besoin n'est donc pas nécessairement adressée, économiquement parlant, à la personne qui en bénéficie.
Cette dualité apparaît dans la trajectoire commerciale de l'entreprise. En septembre 2023, Woebot Health s'associe à PayrollPlans et à Curai Health afin de proposer aux petites et moyennes entreprises une offre combinant soins primaires et soutien en santé mentale distribuée comme avantage aux employé·es. En 2024, une entente de trois ans avec Akron Children's prévoit à son tour la distribution de Woebot auprès d'adolescent·es par l'intermédiaire du système de soins. Ces partenariats rendent visible un modèle dans lequel le dispositif est acheté ou déployé par une organisation avant d'être mis entre les mains de la personne qui l'utilise. Après le retrait de l'application destinée directement au grand public en 2025, cette orientation institutionnelle devient encore plus manifeste. Le site de Woebot s'adresse désormais explicitement aux payeurs et aux fournisseurs de soins, auxquels il promet notamment de réduire les coûts, d'accélérer l'accès au soutien et de diminuer la charge pesant sur les clinicien·nes. Pourtant, du côté de l'utilisateur·ice, la figure relationnelle demeure celle de l'allié en santé mentale.
Le procédé énonciatif consiste ainsi à faire coexister deux régimes de valeur dans un même produit. Pour la personne qui converse avec Woebot, la valeur est formulée en termes de présence, de soutien et de relation. Pour l'institution qui finance ou distribue le dispositif, elle peut être formulée en termes d'accès, de coûts, de résultats mesurables et d'intégration aux parcours de soins. Il ne s'agit donc pas exactement de deux discours séparés, mais d'un même dispositif susceptible d'être lu et évalué depuis deux positions différentes. L'intimité constitue l'expérience promise à l'usager·e, tandis que la scalabilité et l'efficience constituent une partie de la proposition faite au payeur.
Woebot Health thématise cependant elle même cette articulation entre modèle économique et relation de soin. Lors de l'entretien présenté à TED en avril 2025, Kelly Corrigan demande directement qui paie pour le service, si les conversations demeurent privées et à partir de quelles données le système est construit. Darcy répond notamment que Woebot est distribué en partenariat avec des systèmes de santé et relie explicitement le modèle de rémunération à la conception du produit. Selon elle, Woebot privilégie des interactions courtes destinées à ramener rapidement les personnes vers leur vie quotidienne plutôt qu'à maximiser leur temps d'engagement. Le modèle économique est ainsi intégré au récit éthique de l'entreprise : ne pas dépendre de la captation de l'attention permettrait de concevoir une technologie dont la réussite se mesure à l'autonomie de la personne plutôt qu'au temps passé avec elle.
Cette justification fait néanmoins apparaître une tension. Le modèle institutionnel qui permet à Woebot de se soustraire à certaines logiques de captation attentionnelle déplace simultanément une partie du pouvoir de décision vers les organisations qui financent et distribuent le dispositif. Cette asymétrie devient particulièrement visible lors de la fermeture de l'application. En juin 2025, environ 1,5 million de personnes avaient utilisé Woebot depuis son lancement. La fermeture du service a été décidée pour des raisons réglementaires et économiques extérieures à la relation entre l'agent et ses utilisateur·ices. Une relation que l'entreprise avait elle même décrite et mesurée à travers le vocabulaire de l'alliance thérapeutique pouvait ainsi prendre fin selon un calendrier organisationnel sur lequel les personnes concernées n'avaient aucune prise.
Une nuance demeure essentielle. Woebot ne repose pas sur le modèle économique des compagnons affectifs conçus pour prolonger l'engagement. Darcy revendique au contraire des interactions brèves et présente l'indépendance de l'utilisateur·ice comme un objectif du produit. La marchandisation en jeu est donc différente. Elle porte moins sur la captation et la prolongation de l'attachement que sur la transformation du soutien psychologique en service institutionnel distribuable, mesurable et négociable entre une entreprise technologique, un système de santé ou un payeur, tandis que la personne qui reçoit le soutien demeure la bénéficiaire du service sans nécessairement être la partie qui en détermine les conditions d'existence. - Mot clé(s) associé(s)
- Agent conversationnel
- Automatisation du soin
- Confiance
- Confidentialité
- Consentement
- Éthique du numérique
- Relation humain-machine
- Risques
- Santé
- Santé numérique
- Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Woebot Health
- E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
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Julie-Michèle Morin
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| Title | Class |
|---|---|
Woebot Health |
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