Une surface impeccable où la satire glisse
Item
- nom de l'artiste
-
Keven Laporte
- genre de l'oeuvre
- Comédie satirique de science-fiction
- durée de l'oeuvre
- 117 minutes
- Style visuel
- Traitement soigné et volontairement maîtrisé, proche de celui que le cinéaste avait employé pour ses films d'anticipation précédent. Composition très construite, jeu sur les lignes horizontales qui enferment le personnage dans son paysage, plage, panneaux publicitaires, barrières, limousines, et bascule vers des lignes verticales lorsqu'il se trouve dans les allées étroites entre les plateaux, où il apparaît tantôt écrasé dans un espace caverneux, tantôt surélevé comme une figure d'autorité lorsqu'il s'adresse à la presse depuis un podium. Silhouettes découpées devant de grandes baies vitrées ouvertes sur le bord de mer. Motif visuel récurrent de l'œil, décliné sous plusieurs formes, notamment une affiche géante représentant un œil qui traverse le champ. La photographie oppose visuellement le monde réel et l'invention numérique. Le film montre explicitement la technique du fond vert, ce qui rend le procédé visible plutôt que caché.
- Esthétique chromatique dominante
- Palette froide et adoucie, dominée par des bleus et des verts pastel accompagnés de jaunes sépia délavés. L'ensemble donne une tonalité tempérée, jamais criarde, qui contribue à l'impression de calme et de contrôle.
- Textures dominantes
- Surfaces lisses et réfléchissantes. Verre des baies, écrans, papier glacé des affiches et des couvertures de magazines, façades peintes imitant des paysages. Ce lissé général est décrit par plusieurs commentateurs comme un vernis, un enrobage chaleureux mais trompeur. Il s'oppose au vide brut du plateau de tournage désert. Une texture fait exception et mérite d'être relevée, la pixellisation qui affecte Simone lors d'une entrevue transmise à distance ou de ses phases de modifications, seul moments où la matière numérique de la créature devient visible.
- Style sonore
- Musique originale de Carter Burwell, décrite comme contemporaine et dotée d'une pointe futuriste obtenue sans recourir aux clichés sonores de la technologie. Elle alterne des passages enlevés et espiègles avec des morceaux plus graves et presque romantiques. Quelques pièces à dominante électronique tirent vers l'ambient. La partition intègre les cliquetis et bourdonnements de la fabrication de la créature. Le film emploie par ailleurs une chanson préexistante lors de la séquence de concert et au générique de fin.
- Présence/Absence de texte
- Présence marquée et signifiante. Le générique remplace les lettres i et o par les chiffres 1 et 0, y compris dans les noms de l'équipe et de la distribution, ce qui étend le titre stylisé à l'ensemble de l'appareil textuel du film. Le récit fait par ailleurs un usage constant de textes à l'image, couvertures de magazines, manchettes, affiches murales, panneaux publicitaires, écrans d'ordinateur et articles de journaux.
- Temporalité de l'oeuvre (ralenti, en boucle, linéraire, etc.)
- Rythme mesuré et maîtrisé, sans accélération burlesque, ce que plusieurs critiques ont jugé trop lent pour la matière comique et responsable d'une durée excessive. Le montage recourt à des séquences de compression médiatique, couvertures et manchettes qui condensent la montée en célébrité. L'agitation, lorsqu'elle survient, est portée par la musique et par le jeu plutôt que par le découpage.
- Description
- La forme du film contredit son sujet, et c'est là son intérêt comme son problème. Andrew Niccol traite une farce hollywoodienne avec la même retenue plastique que ses films d'anticipation, éclairages soignés en tons pastel, cadres construits, décors dépouillés mais imposants. Le résultat produit une sensation de fraîcheur intellectuelle, comme si l'on entrait dans une maison de design aux lumières calculées. Plusieurs observateurs y voient précisément ce qui empêche la comédie de fonctionner, un traitement trop maîtrisé pour une matière qui appellerait le désordre. Cette élégance sert en revanche parfaitement le propos, puisque le film fabrique une vedette de synthèse dans des images aussi séduisantes et aussi contrôlées qu'elle. L'espace y est organisé par de grandes surfaces, baies vitrées, affiches murales géantes, façades peintes, écrans de contrôle, autant de plans lisses derrière lesquels il n'y a rien. Le studio caverneux où Taransky s'enferme fonctionne comme le contrepoint de cette abondance, un vide immense pour une créature sans corps.
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| Title | Class |
|---|---|
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