Le spectateur complice d'une imposture annoncée
Item
- Nom de l'artiste
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Keven Laporte
- Genre de l'oeuvre
- Comédie satirique de science-fiction
- durée de l'oeuvre
- 117 minutes
- Courte description du projet artistique
- Le film ne construit aucun mystère. Dès la fabrication de Simone, le spectateur sait tout ce que Taransky sait, et il en sait davantage que tous les autres personnages, et ce, jusqu'à la fin. Le récit renonce donc à la question de savoir si la supercherie sera découverte pour lui substituer une autre tension, celle de savoir comment un homme pourra continuer d'alimenter un mensonge dont l'échelle croît plus vite que sa capacité à le tenir. Cette dissymétrie de savoir place le spectateur en position d'accompli plutôt que de dupe. Le récit suit une progression essentiellement chronologique, ponctuée d'ellipses qui font passer des mois entre deux triomphes. Sa singularité tient au fait que la révélation, quand elle survient, ne produit aucun effet, puisque plus personne ne peut croire une vérité aussi invraisemblable.
- Enjeux et/ou intrigues
- Un réalisateur en perte de vitesse voit sa vedette quitter un tournage pour un caprice, ce qui lui vaut d'être renvoyé de son propre film par la dirigeante du studio, qui se trouve être son ex-épouse. Un informaticien mourant lui lègue alors un programme capable de produire une interprète de synthèse indétectable. Il achève son film avec cette créature et connaît un succès immense. L'intrigue se déplace alors du problème de production vers le problème d'entretien du mensonge. Deux journalistes cherchent à approcher la vedette introuvable, l'entourage professionnel exige de la rencontrer, et Taransky doit multiplier les dispositifs pour prouver une existence qui n'en est pas une. Le succès finit pourtant par reproduire exactement le problème qui avait poussé Taransky à créer Simone, puisque le public ne regarde plus que la vedette et cesse de voir l'œuvre. Frustré, il tente de détruire sa réputation et échoue. Il choisit alors de la faire disparaître, ce qui le conduit à être accusé de meurtre et à devoir prouver l'inexistence de la victime, avant que sa fille et son ex-épouse ne le tirent d'affaire en fabriquant à leur tour de fausses preuves.
- Personnages
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Viktor Taransky - réalisateur et créateur de Simone
Simone - interprète de synthèse et vedette mondiale
Elaine Christian - dirigeante du studio et ex-épouse de Taransky
Lainey Christian - fille de Viktor et d'Elaine
Hank Aleno - informaticien, inventeur du programme
Nicola Anders - vedette qui abandonne le tournage
Max Sayer et Milton - journalistes qui enquêtent sur Simone
Hal Sinclair - acteur principal du film de Taransky - Fabula vs Syuzhet (Bordwell)
- L'écart, entre la fabula et le syuzhet, reste ici volontairement mince, le récit progressant de façon linéaire. Deux procédés méritent tout de même d'être relevés. D'abord des ellipses importantes, qui font passer plusieurs mois entre deux sorties de films et plusieurs saisons de récompenses, sans jamais montrer le travail de fabrication devenu routinier. Ensuite une plaidoirie imaginaire, située au premier tiers du film, où Taransky s'adresse à un jury et plaide coupable d'un crime commis avec les plus pures intentions, alors qu'aucune accusation n'existe encore. Cette scène anticipe littéralement le procès du dernier acte. Le film annonce donc sa fin très tôt, mais sur le mode du fantasme plutôt que de l'analepse ou de la prolepse classique.
- Régime modal (Ryan)
- Le monde de ce film est celui du Hollywood contemporain de sa production, réaliste dans ses institutions, ses studios, sa presse et ses cérémonies de récompenses. Une seule règle y est modifiée, l'existence d'un programme capable de produire une interprète indétectable. Tout le reste obéit aux lois ordinaires, et c'est précisément cet ancrage réaliste qui donne à la satire sa portée. Le régime n'est ni utopique ni dystopique. Il relève de la fable spéculative à visée comique, où une hypothèse unique est poussée jusqu'à ses conséquences sociales.
- Voix et acousmatique (Chion)
- Le film propose une configuration inverse et intéressante. Simone est constamment visible et audible, mais elle n'est jamais co-présente. On ne l'entend et on ne la voit qu'à travers un appareil, écran de contrôle, projection, transmission par satellite, hologramme de scène. Sa voix ne provient jamais d'un corps que quiconque pourrait toucher. Là où l'acousmêtre de Chion tire son pouvoir de rester invisible, Simone tire le sien de rester intangible.
- Racontabilité (Ryan)
- Le film ne tire pas sa racontabilité de la fabrication d'une fausse vedette, qui est une prémisse et non une tension. Il la tire du renversement qui s'opère au dernier tiers. Un homme qui a passé le film à empêcher la vérité d'éclater se retrouve à ne plus pouvoir la faire admettre. La confession devient impossible non parce qu'elle est risquée mais parce qu'elle est devenue invraisemblable. C'est cette impasse, où avouer ne sert plus à rien, qui rend l'histoire remarquable.
- Identification (Metz)
- Le film place le spectateur du côté de Taransky. Nous partageons son secret dès la fabrication de Simone, nous suivons ses calculs, ses paniques et ses satisfactions, et aucun autre personnage ne nous offre un point de vue concurrent. Le public fictif, lui, reste une masse anonyme sans profondeur, ce qui interdit de s'y reconnaître. Le spectateur adhère donc au regard du faussaire plutôt qu'à celui des dupes. Cette position se retourne pourtant en fin de parcours, puisque nous avons cru voir une créature numérique là où nous regardions une interprète de chair, et que le générique poursuit la supercherie sans la nommer.
- Focalisation (branigan et als.)
- Le film adopte une focalisation interne quasi constante sur Taransky. Nous ne découvrons rien avant lui et nous assistons à la fabrication de Simone en même temps que lui. Cette focalisation produit une asymétrie durable, puisque le spectateur en sait plus que tous les autres personnages, journalistes compris. Le film s'écarte ponctuellement de Taransky pour suivre l'enquête des deux journalistes, mais sans jamais leur accorder une information qui nous manquerait.
- Niveaux de narration / récits enchâssés / métalepse / mise en abyme (Branigan et als.))
- Le film multiplie les récits enchâssés. Il montre les films que Taransky réalise avec Simone et les extraits qui en sont projetés, des entrevues télévisées truquées dont une prétendument transmise en direct depuis l'étranger, un concert scénique, et jusqu'à un passé documentaire entièrement fabriqué à coups de photos publicitaires et de clichés d'enfance. Chacun de ces objets est un récit produit par Taransky à l'intérieur du film que nous regardons, ce qui installe une mise en abyme, une œuvre de cinéma qui raconte la fabrication d'une interprète de cinéma. Le film ne comporte en revanche aucune métalepse, aucun personnage ne franchissant la frontière entre les niveaux. Le brouillage se déporte plutôt vers le générique de fin, où Simone est créditée comme jouant son propre rôle, sans mention de l'interprète qui lui prête son corps.
- Scénario
- https://imsdb.com/scripts/Simone.html
- Media
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