Qui programme la ville possible
Item
- Argument de l'annotation
-
Le projet montre avec justesse que les systèmes numériques ne sont jamais de simples instruments placés au service d’un programme urbain préexistant. Comme l’affirme Langdon Winner, les artefacts techniques peuvent incorporer des formes particulières de pouvoir et d’autorité. Dans un système génératif ou adaptatif, la politique ne se situe donc pas seulement dans la décision finale : elle est déjà inscrite dans le choix des variables, des catégories, des objectifs d’optimisation et des comportements autorisés.
L’analyse de SEEK proposée par les auteurs en constitue l’exemple le plus explicite. L’état spatial souhaité est prédéfini par les concepteurs, puis l’algorithme tente de restaurer continuellement cet ordre. Les habitants ne peuvent pas décider du milieu dans lequel ils souhaitent vivre ; leurs actions sont interprétées comme des perturbations. Le projet révèle ainsi la proximité entre planification moderniste descendante et contrôle algorithmique : dans les deux cas, un ordre abstrait est imposé à des usages considérés comme des écarts.
Cubiverse propose une alternative fondée sur la négociation collective. Cependant, la participation demeure paramétrée. Les participants peuvent choisir parmi des stratégies prévues par le jeu, mais ils ne définissent pas nécessairement les catégories, les règles de génération ou les formes de crise qui structurent la décision. L’interface donne donc une capacité d’action réelle, mais à l’intérieur d’un espace de possibilités préalablement programmé.
Cette question rejoint les critiques du smart urbanism formulées par Rob Kitchin : la collecte de données et l’analyse en temps réel promettent une ville plus efficace et transparente, mais elles introduisent également de nouvelles formes de gouvernement par les infrastructures informationnelles. L’enjeu n’est pas seulement de permettre aux citoyens d’interagir avec une interface, mais de leur donner prise sur les objectifs, les données et les modèles qui déterminent ce que la ville peut devenir.
L’exposition publique des prototypes constitue une première ouverture. Elle ne remplace toutefois pas une participation avec les communautés réellement affectées par les infrastructures numériques. Les visiteurs testent un scénario déjà formalisé ; ils n’ont pas nécessairement participé à la définition du problème ni à la conception du système. - Mot clé(s) associé(s)
- Gouvernementalité algorithmique
- Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
-
Science Fiction, Software Friction, Spatial Fantasies
- E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
-
Anjara Mamisoa Rafidison
Linked resources
| Title | Class |
|---|---|
Science Fiction, Software Friction, Spatial Fantasies |
Annotations
There are no annotations for this resource.