Chasseur, chassés et ambigus par nature

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titre du projet
Chasseur, chassés et ambigus par nature
Nom de l'artiste
Keven Laporte
Genre de l'oeuvre
Science-fiction, néo-noir, dystopie
durée de l'oeuvre
117 minutes
Courte description du projet artistique
Un chasseur de primes traque quatre réplicants fugitifs venus réclamer une vie plus longue à leur créateur, tout en développant une relation avec une réplicante expérimentale qui ignore sa propre nature. Le récit alterne le point de vue du chasseur et celui des chassés, et laisse planer un doute sur la nature du protagoniste lui-même.
Enjeux et/ou intrigues
Quatre réplicants Nexus-6, menés par Roy Batty, reviennent illégalement sur Terre pour forcer leur créateur à prolonger leur durée de vie limitée à quatre ans. Deckard est chargé de les traquer, mais sa rencontre avec Rachael, une réplicante aux souvenirs implantés, fragilise sa capacité à distinguer humain et artificiel, et par extension sa propre identité.
Personnages
Rick Deckard (Harrison Ford) — chasseur de primes
Roy Batty (Rutger Hauer) — chef des réplicants fugitifs
Rachael (Sean Young) — réplicante expérimentale
Pris (Daryl Hannah) — réplicante fugitive
Leon Kowalski (Brion James) — réplicant fugitif
Zhora (Joanna Cassidy) — réplicante fugitive
Gaff (Edward James Olmos) — policier
Eldon Tyrell (Joe Turkel) — fondateur de la Tyrell Corporation
J.F. Sebastian (William Sanderson) — généticien
Bryant (M. Emmet Walsh) — supérieur de Deckard
Structure syntagmatique (Metz)
Le récit alterne deux lignes d'action, la traque de Deckard et la fuite des réplicants, ce qui installe une identification double et déplace la sympathie du spectateur d'un camp à l'autre au fil des séquences
Fabula vs Syuzhet (Bordwell)
La fabula tient en une phrase, quatre réplicants cherchent à prolonger leur existence et sont pourchassés. Le syuzhet, plus dense, y ajoute la relation Deckard-Rachael, les interrogations philosophiques des réplicants et la remise en cause de l'humanité de Deckard lui-même, restreignant la narration à son seul point de vue, un point de vue qui pourrait être aveugle à sa propre nature.
Régime modal (Ryan)
Monde dystopique proche, régi par une règle de fiction cohérente et non fantastique où le génie génétique permet de fabriquer des êtres indiscernables des humains, mais une limite technique (quatre ans de vie) borne ce pouvoir. Le test Voight-Kampff fonctionne comme une loi diégétique de ce monde, censée départager les deux catégories d'êtres.
Voix et acousmatique (Chion)
La version cinéma de 1982 utilise une voix off de Deckard, procédé hérité du film noir classique. Le Director's Cut (1992) puis le Final Cut (2007) la retirent entièrement, ce qui prive le spectateur d'une instance narrative extérieure et renforce l'incertitude sur ce que Deckard sait réellement de lui-même.
Racontabilité (Ryan)
Ce qui rend cette histoire digne d'être racontée n'est pas tant la traque en elle-même que l'incertitude ontologique qu'elle soulève, jusqu'à la fin, sur la nature du protagoniste : cette ambiguïté fait partie de ce qui rend l'histoire intéressante au-delà de la simple intrigue policière. C'est aussi le geste de Roy sauvant son poursuivant, un acte moral venant d'un être que le récit était censé présenter comme non humain, qui donne au film sa portée durable.
Identification (Metz)
L'alternance chasseur/chassés installe un mécanisme d'identification double. Plusieurs plans subjectifs, notamment autour du regard et des yeux lors du test Voight-Kampff, invitent aussi le spectateur à partager le point de vue des réplicants au moment même où ce point de vue est censé être évalué comme non humain.
Focalisation (branigan et als.)
Globalement restreinte au savoir de Deckard. Dans la version cinéma de 1982, la voix off renforce cette focalisation interne. Dans le Director's Cut et le Final Cut, son retrait ouvre des plans où la caméra suit les réplicants (Roy, Pris, Sebastian) hors de la présence de Deckard, ce qui élargit ponctuellement la focalisation et accentue l'ambiguïté de ce que le spectateur est censé savoir.
Niveaux de narration / récits enchâssés / métalepse / mise en abyme (Branigan et als.))
Le film n'a pas de structure classique de récit enchâssé. Deux motifs y font toutefois office de niveau narratif secondaire : le rêve de la licorne, dont le statut (souvenir réel ou implanté) reste ambigu, et les photographies (celles de Rachael, celle trouvée chez Leon), que les personnages examinent comme des preuves alors qu'elles peuvent elles-mêmes être fabriquées. L'origami de Gaff à la toute fin, qui semble faire écho au rêve privé de Deckard, esquisse une forme discrète de métalepse où quelque chose franchit la frontière entre l'intériorité de Deckard et le monde partagé du récit.
Hypotextes et Adaptations
Blade Runner est une adaptation libre du roman Do Androids Dream of Electric Sheep? de Philip K. Dick (1968). Le film en garde la prémisse centrale, un chasseur nommé Rick Deckard traque des androïdes fugitifs, mais s'en éloigne sur plusieurs points majeurs. Le roman se déroule à San Francisco plutôt qu'à Los Angeles, Deckard y est marié, et l'intrigue s'organise en bonne partie autour du Mercerisme, une religion empathique fondée sur des « boîtes à empathie », ainsi qu'autour du désir des personnages de posséder un animal vivant plutôt qu'électrique. Ces deux éléments sont presque entièrement absents du film. Le terme même de « réplicant » n'existe pas dans le roman, qui parle plutôt d'« andys ». Il a été inventé pour le film par Rita Peoples, fille du scénariste David Peoples. L'ambiguïté sur la nature de Deckard, motif central du film à partir du Director's Cut, est beaucoup moins appuyée dans le roman. Le motif de la licorne, en particulier, est une invention entièrement cinématographique, absente du texte de Dick.
Storyboard
https://cinephiliabeyond.org/wp-content/uploads/2015/08/Blade-Runner.Storyboard.compressed.pdf
Scénario
https://imsdb.com/scripts/Blade-Runner.html

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