Un protagoniste sans intériorité
Item
- Nom de l'artiste
-
Keven Laporte
- Genre de l'oeuvre
- Science-fiction, thriller
- durée de l'oeuvre
- 119 minutes
- Courte description du projet artistique
- Le récit s'ouvre sur un flashforward post-apocalyptique qui désamorce le suspense au lieu de le construire. La focalisation circule ensuite entre Max et Evelyn sans jamais accéder à l'intériorité de Will une fois celui-ci téléchargé. La voix se démultiplie à mesure que le corps disparaît, jusqu'à parler simultanément depuis plusieurs sources. Trois moteurs de récit coexistent, philosophique, politique et mélodramatique, sans jamais se résoudre ensemble. La fiche documente ces mécanismes, qui font du film un cas limite de la narration face à un personnage devenu omniscient et omnipotent.
- Enjeux et/ou intrigues
- Trois intrigues se superposent sans jamais fusionner. Une intrigue philosophique qui demande ce qui subsiste du soi après un transfert de conscience. Ainsi qu'une intrigue politique autour de la question de si ont doit craindre, encadrer ou empêcher la singularité, portée par l'affrontement entre le groupe militant anti-IA, le FBI et le projet de Will. En plus d'une intrigue mélodramatique qui interroge la survie d'un mariage et d'un amour face à la déshumanisation de l'un des conjoints. Le film change de moteur dominant à chaque acte, si bien qu'aucune des trois intrigues ne trouve de résolution qui vaille aussi pour les deux autres.
- Personnages
-
Will Caster
Evelyn Caster
Max Waters
Joseph Tagger
Donald Buchanan
Bree - Structure syntagmatique (Metz)
- Le film se découpe en quatre grands mouvements. Un prologue situé après les événements, qui fonctionne comme segment autonome détaché du reste. Un premier mouvement centré sur Will humain, du laboratoire à l'attentat puis au transfert, construit sur des scènes et des séquences ordinaires au sens de Metz. Un deuxième mouvement consacré à la montée en puissance de Will-IA, où l'expansion est rendue par sommaires successifs plutôt que par scènes développées. Un mouvement final, sacrificiel, qui revient à un régime de scènes. Le déséquilibre est net entre un premier mouvement resserré et un deuxième étiré.
- Fabula vs Syuzhet (Bordwell)
- Fabula : un scientifique meurt, est téléchargé, devient surhumain et est arrêté par un sacrifice mutuel avec sa femme. Syuzhet : ouverture en flashforward post-apocalyptique, du point de vue de Max, puis retour cinq ans en arrière. L'écart entre les deux est maximal à l'ouverture, puis converge. Ce choix neutralise le suspense plutôt que de le créer, puisque le spectateur sait dès la première scène que la singularité finit mal.
- Régime modal (Ryan)
- Le film superpose trois régimes. Un régime du What Is, avec des laboratoires d'IA crédibles et contemporains. Un régime du As If, où l'upload de conscience est traité comme techniquement plausible. Puis une bascule vers un What If prophétique dans le dernier acte, avec l'hypothèse d'une IA-humaine bienveillante régénérant la planète. Le film hésite entre les trois, ce qui alimente son incohérence perçue.
- Identification (Metz)
- L'identification primaire, celle du spectateur à la caméra, est solidement tenue par la maîtrise plastique de Pfister. L'identification secondaire, elle, échoue, car Will est trop opaque, Evelyn trop crédule, Max trop indécis, les militants de RIFT trop caricaturaux. Le spectateur reste en surplomb critique, dans une position de spectateur de tragédie mais sans catharsis. C'est en partie constitutif du projet (un film sur la perte d'humanité peut difficilement offrir une identification chaleureuse), mais le film ne propose pas non plus l'identification froide que Kubrick obtenait avec HAL.
- Focalisation (branigan et als.)
- La focalisation est distribuée et instable. Dans le premier acte, elle reste externe sur Will, avec une légère internalisation par la voix de Max en flashback. Dans le deuxième, elle flotte entre Evelyn, qui croit, et Max, qui doute. Dans le troisième, elle se stabilise en focalisation interne sur Evelyn, qui bascule à son tour dans le doute. Will-IA n'est jamais focalisé intérieurement, il demeure opaque, sans accès à son pour-soi. Cette opacité est cohérente sur le plan thématique, puisqu'elle redouble le problème de la conscience phénoménale, mais elle coûte cher sur le plan dramatique.
- Scénario
- https://assets.scriptslug.com/live/pdf/scripts/transcendence-2014.pdf?v=1729115052
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| Title | Class |
|---|---|
Transcendence |
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