Faire ressentir la manipulation

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titre du projet
Faire ressentir la manipulation
Keven Laporte
nom de l'artiste
Keven Laporte
genre de l'oeuvre
Science-fiction, thriller psychologique, huis clos
durée de l'oeuvre
108 minutes
Style visuel
L'image d'Ex Machina possède une netteté de laboratoire, mais en refuse la froideur. Tournée en 4K avec des optiques anamorphiques des années trente, elle garde une douceur sur les bords du cadre et de légères aberrations chromatiques. Le décor de béton, d'acier et de verre est clinique, mais la lumière qui l'habite est chaude et ambrée. Puis les parois de verre travaillent l'image : elles multiplient les reflets, superposent les plans et enferment les personnages dans des cadres à l'intérieur du cadre, participant ainsi à la mise en scène. Les sessions imposent une composition frontale et symétrique, tandis que les extérieurs norvégiens, beaux, vierges et vastes, participent au huit clos, car même si les personnages sortent du bunker, ils sont seuls au centre de cette nature abondante.
Esthétique chromatique dominante
Deux régimes chromatiques s'oppose. À l'intérieur, une dominante froide, blancs, gris, béton, noirs profonds, mais constamment tiédie par une lumière tungstène ambrée émanant du décor lui-même. À l'extérieur, les verts et les bleus saturés de la nature norvégienne, glaciers, forêts, eau. La rupture chromatique la plus violente est le rouge d'alerte des coupures de courant
Style sonore
Partition minimaliste et anxiogène, tenue en nappes basses sous les dialogues, faite d'un mélange d'orgue, de cuivres manipulés, de célesta et de synthétiseurs analogiques. Longs silences, ambiances sourdes de bunker, bourdonnements électriques. La seule irruption de musique diégétique est le disco de la scène de danse, qui fonctionne comme rupture du style sonore.
Présence/Absence de texte
La présence des textes est discrète mais structurante. Des cartons noirs numérotent les sessions du test et découpent explicitement le film en unités. S'y ajoutent les affichages d'interface, les mentions liées aux caméras de surveillance et le système de badges qui régit chaque accès. Le texte travaille ainsi sur deux plans à la fois. D'une part il installe l'imagerie de la science-fiction, du protocole expérimental et du laboratoire et d'autre part il rend sensible le contrôle qui s'exerce dans le domaine, sur les corps comme sur le temps par .
Relation aux spectaeur.ices (immersif, passif, interactif, etc.)
Le dispositif visuel installe le spectateur dans la position de Caleb, donc dans celle de l'observateur d'Ava, avant de révéler qu'il occupait en fait la place de l'observé. Le plan final inverse le regard, car ce n'est plus le spectateur qui examine l'IA, c'est elle qui examine les humains.
Temporalité de l'oeuvre (ralenti, en boucle, linéraire, etc.)
Temporalité linéaire mais segmentée, découpée en sessions numérotées qui imposent un rythme protocolaire. Montage lent, plans tenus, la tension monte par accumulation et par l'assombrissement progressif des scènes, non par vitesse du montage. Il y a deux ruptures franches dans ce continuum, les coupures de courant et la séquence de danse. Or ces ruptures ne font pas respirer le film, elles indiquent qui exerce son contrôle. Les coupures sont les seuls moments où le temps échappe à Nathan, et c'est Ava qui les provoque, alors que la scène de danse est celui où Nathan suspend lui-même son propre protocole, pour rappeler qu'il est le maître des lieux. Chaque interruptions du rythme est donc une prise de pouvoir d'un des personnage.
Description
La forme sensible d'Ex Machina repose sur un paradoxe, celui d'un espace qui donne tout à voir tout en enfermant ceux qui l'habitent. Le décor est clinique, fait de béton, d'acier et de verre, mais Rob Hardy, le directeur de la photographie, a refusé la lumière blanche attendue par le genre et a fait encastrer des ampoules tungstène dans les murs pour réchauffer artificiellement un lieu qui ne l'est pas. Cette chaleur fabriquée est le premier mensonge du film. Le verre en est le motif dominant. Il traverse la maison, sépare la salle d'Ava et compose le corps même du personnage, translucide sur le torse et humain sur le visage et les mains. Ici, voir ne garantie donc jamais le savoir. La lumière s'assombrit graduellement d'une session à l'autre, si bien que la tension du récit se lit dans le seul réglage des gradateurs. Le son procède du même renversement, puisque les sonorités organiques sont octroyés à l'IA, alors que des sons mécaniques accompagne les humains. Ainsi, chaque paramètre de la forme promet une proximité qu'il retire aussitôt. Le film ne raconte pas la manipulation, il la fait ressentir.

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Title Class
Ex Machina

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