L'inversion du rapport de soin : quand la personne soignée devient soignante
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- L'inversion du rapport de soin : quand la personne soignée devient soignante
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Le dispositif Hyodol est vendu comme un prestataire de soin : il rappelle la prise de médicaments, surveille les mouvements, alerte les proches. Les observations de terrain documentent cependant une relation différente. Les personnes âgées habillent la poupée, lui confectionnent des vêtements, lui préparent une literie, lui offrent symboliquement à manger, la promènent en poussette ou en marchette. Lee et Shin (2024) rapportent qu'une personne a glissé 20 000 wons dans la poche du robot en guise d'argent de poche à l'occasion de la Journée des enfants, et qu'une autre a déposé une serviette pliée au sol pour que le robot ne soit pas assis sur le carrelage froid. Une usagère a demandé à sa travailleuse sociale de garder son Hyodol pendant un rendez-vous médical, ne voulant pas le laisser seul à la maison. Le rapport de service s'est retourné : la personne à soigner est devenue celle qui prodigue le soin.
Ce renversement n'est pas un effet secondaire imprévu. Il est produit par la conception, puisque le dispositif sollicite activement les gestes de soin. Les fonctions du modèle actuel invitent à caresser la tête, à tenir la main pendant trois secondes, à tapoter le dos, et le robot y répond par des expressions de contentement. Les études en mesurent le coût. Lee, Yun et Park (2024) constatent que certaines des personnes participantes en arrivent à éprouver un sentiment de fardeau et de culpabilité de ne pas pouvoir répondre aux sollicitations d'interaction du robot, allant jusqu'à s'excuser de ne pas avoir assez joué avec lui. Chez Lee, Nam, Chon, Park et Choi (2023), une participante décrit le robot comme un enfant parti à l'hôpital pour une opération après une réparation, et dit craindre d'y toucher de peur de causer de nouveaux ennuis au bébé. La crainte d'un bris réduit alors l'usage du dispositif, donc l'effet contraire attendu.
L'attachement produit aussi des effets contraires à la fonction de sécurité. Lee et Shin (2024) rapportent qu'une usagère a choisi de ne pas signaler les défaillances de son robot pour éviter une séparation de deux semaines pendant la réparation, préférant conserver un appareil défectueux. Un dispositif dont la panne n'est pas déclarée par attachement cesse de remplir sa fonction d'alerte. Rien dans le discours de l'entreprise n'anticipe cette conséquence, alors qu'elle découle directement du lien qu'elle cherche à produire.
L'entreprise commercialise par ailleurs les comportements que les recherches documentent. Sa boutique en ligne vend des vêtements pour la poupée, un sac à dos permettant de l'emporter à l'extérieur, un service de désinfection et de lavage, ainsi qu'un cahier d'exercices mensuel destiné aux aînés. La page de vente parle d'adopter un Hyodol chez ses parents, et reproduit le témoignage d'une acheteuse qui s'interroge sur l'âge de son robot adopté et souhaite l'accompagner jusqu'à la fin de sa vie. Le lexique de la filiation adoptive est ainsi repris par le vendeur.
Ces pratiques sont également mises en scène collectivement. Le centre de bien-être Gungdong a organisé un défilé de mode avec les robots en 2022, où des personnes âgées ont paradé aux côtés de leur poupée dans des tenues assorties faites à la main, puis une fête d'anniversaire en juillet où elles ont rédigé des cartes de vœux à leur robot. L'entreprise a pour sa part tenu un concours photographique en 2025. La personnification devient un événement communautaire, ce qui nuance l'idée d'un attachement honteux ou dissimulé.
Reste que l'objection de dignité est formulée dans le corpus lui-même. CNN rapporte que l'usage d'une poupée d'apparence infantile surveillant les gestes et les paroles a été perçu, par des spécialistes comme par des personnes âgées, comme diminuant leur dignité et leur autonomie. Lee et Shin (2024) nomment explicitement le risque d'infantilisation, en s'appuyant sur la littérature relative à la thérapie par la poupée en contexte de démence : traiter une personne âgée comme un enfant peut nourrir un sentiment de dépendance et d'impuissance, et l'attachement à l'objet peut freiner le développement d'une communication véritable avec les personnes soignantes.
Deux cas illustrent ce point limite. La travailleuse sociale Ryu Ji-yeon observe que certaines personnes sortent moins depuis qu'une présence les accueille au retour à la maison. Et Lee et Shin (2024) rapportent le cas d'une femme ayant survécu à sa fille durant la pandémie et voyant dans le robot une réincarnation de son enfant, qui a cessé de fréquenter le centre pour aînés. Le dispositif destiné à rompre l'isolement peut, chez certaines personnes, en devenir le motif. - Mot clé(s) associé(s)
- Confiance
- Effets de présence
- Empathie
- Relation humain-machine
- Simulacre
- Technosoin
- Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Hyodol
- E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
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Dominique Michaud
- Media
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| Title | Class |
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Hyodol |
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