Le transfert de charge : la politique industrielle comme politique du soin
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- Le transfert de charge : la politique industrielle comme politique du soin
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Le déploiement de Hyodol en Corée du Sud repose sur une chaîne de financements publics dont l'origine mérite attention. Le programme du district de Guro, qui a distribué 412 unités depuis 2019, a été financé conjointement par le district et par le ministère de l'Industrie et des Technologies, à hauteur de 200 millions de wons en 2019, soit environ 143 867 dollars américains selon le reportage de Rest of World. La chronologie officielle de l'entreprise fait apparaître un appui gouvernemental continu depuis 2015 : projets du ministère des Sciences et des Technologies de l'information et de la communication à plusieurs reprises, programmes du ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Énergie, projet de soutien par la robotique aux personnes défavorisées mené avec l'Institut coréen de promotion de l'industrie robotique, puis désignation comme produit d'excellence par le Service des marchés publics en 2024. Le dispositif de soin est donc porté par des instruments de politique industrielle et d'innovation, non par les budgets de la santé ou de l'aide sociale.
Ce choix s'inscrit dans un contexte de pénurie documenté. La Corée manquait de 190 000 travailleuses et travailleurs de soin en 2023, et cette pénurie pourrait atteindre 1,55 million en 2032, tandis que les réserves du régime public d'assurance de soins de longue durée seraient épuisées en 2030 selon le bureau budgétaire coréen. Cho Eunhee, professeure en sciences infirmières à l'Université Yonsei, déclare à Rest of World que l'embauche de personnel supplémentaire n'est pas réaliste dans les contraintes actuelles. Un responsable administratif du district de Guro formule l'arbitrage sans détour : il s'agit de trouver le juste équilibre entre le personnel de soin et les tâches qui peuvent être remplacées par la technologie.
La question analytique n'est donc pas de savoir si la technologie allège le travail, mais où ce travail se déplace. Le reportage de Rest of World documente la réponse sur le terrain. Ryu Ji-yeon, 29 ans, travailleuse sociale au centre de bien-être Gungdong, gère seule deux cents robots pour le district : elle parcourt Guro pour former les personnes usagères, surveille les interactions, résout les pannes et rapporte chaque mois des dizaines d'unités défectueuses à l'entreprise. Elle déclare que les robots ont été introduits pour alléger la charge des travailleuses et travailleurs sociaux, mais que la sienne a augmenté depuis qu'elle a repris le programme. Sung Kwang-hee, aide à domicile, visite quatorze personnes par semaine et dit rester au-delà de ses heures parce que la demi-heure allouée ne suffit jamais. L'automatisation ne supprime pas le travail relationnel, elle y superpose un travail technique de maintenance, de formation et de surveillance, assumé par les mêmes personnes.
L'étude de Lee et Shin (2024) permet d'en mesurer l'ampleur : parmi les dix travailleuses et travailleurs sociaux interrogés, le nombre de robots gérés varie de six à trois cents. Il faut toutefois noter que cette étude est majoritairement favorable au programme et que ses autrices reconnaissent un biais de sélection ayant privilégié les personnes qui l'utilisent le plus. Le constat de surcharge provient du reportage de terrain, non de cette recherche.
Un contrepoint sérieux existe et doit être tenu. L'essai clinique de Kim, Jang, Hwang, Lee et Jo (2025) rapporte, sur la foi d'un travail antérieur de la même équipe, une réduction significative de la tension de rôle chez les proches aidants. La charge diminuerait donc pour la famille tout en augmentant pour la personne intervenante salariée. Ce résultat ne contredit pas l'analyse, il la précise : le déplacement s'opère du travail domestique invisible vers le travail professionnel rémunéré, et non du travail humain vers la machine. Cette redistribution est de nature politique, au sens où Tronto (1993) définit le care comme une pratique inégalement répartie et socialement dépréciée.
Le discours de l'entreprise confirme cette lecture par ce qu'il nomme comme bénéfice. Sur la page consacrée à son équipe, la présidente-directrice générale explique s'être demandé en 2015 ce qui bénéficierait réellement aux travailleuses et travailleurs sociaux prenant soin de personnes âgées vivant seules, et énonce la solution retenue : insuffler de la chaleur dans les espaces de vie et offrir aux proches un accès instantané et exact aux données de vie captées en arrière-plan. Le bénéficiaire désigné n'est ni la personne soignée ni la personne intervenante, c'est le tiers absent. La comparaison des générations du produit va dans le même sens, puisque la fonction d'appel d'urgence vers les services de secours est réservée au modèle destiné aux organismes.
Enfin, la justification par la pénurie circule jusque dans la littérature scientifique. Les auteurs et autrices de l'essai clinique invoquent le taux de roulement et la faible rémunération du personnel de soin à domicile pour appuyer le recours au robot, et rattachent leur travail à la Politique de responsabilité nationale pour les soins de la démence, adoptée en 2019, qui promeut l'adoption de technologies innovantes. Le raisonnement de substitution n'est donc pas seulement un argument de vente : il est devenu une prémisse de la recherche même qui évalue le dispositif. - Mot clé(s) associé(s)
- Automatisation
- Automatisation du soin
- Capitalisme de données
- Emploi
- Enjeux sociaux
- Santé
- Technosoin
- Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Hyodol
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Dominique Michaud
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