Sayonara (éléments narratifs)
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- titre du projet
- Sayonara (éléments narratifs)
- Nom de l'artiste
-
Oriza Hirata
- Date de production
- 2010
- Genre de l'oeuvre
- Théâtre robotique
- durée de l'oeuvre
- 20 à 30 minutes
- Courte description du projet artistique
- Sayonara (2010) est une courte pièce de théâtre du dramaturge et metteur en scène japonais Oriza Hirata, créée en collaboration avec le roboticien Hiroshi Ishiguro dans le cadre du Robot Theater Project de l'Université d'Osaka. L'œuvre met en scène un dialogue entre une jeune femme atteinte d'une maladie incurable et un androïde de compagnie chargé de lui réciter des poèmes pour l'accompagner. L'intelligence artificielle y occupe une double position, à la fois sujet de l'œuvre, puisque la nature du soin qu'une machine peut offrir constitue le cœur de l'intrigue, et média de la représentation, puisque le rôle de l'androïde est interprété par un véritable geminoid, le Geminoid F développé par Ishiguro, présent sur scène aux côtés d'une actrice humaine.
- Enjeux et/ou intrigues
- Une jeune femme gravement malade et un androïde de compagnie, acheté par son père pour lui tenir compagnie, échangent dans une pièce faiblement éclairée. Sur la demande de la jeune femme, l'androïde récite une série de poèmes, japonais, français et allemands, entrecoupés de brefs échanges sur leur origine et leur sens. Au fil du dialogue, la jeune femme évoque sa mort prochaine et interroge l'androïde sur sa propre nature, sur le nombre de ses semblables et sur ce qu'elle éprouve ou non. La pièce se referme sur un long poème récité par l'androïde seule, dans lequel elle imagine son propre chemin au-delà de la mort de sa cliente.
- Personnages
- L'androïde (Geminoid F), personnage non nommé dans le texte de la pièce, désigné par la lettre A. La jeune femme mourante, sa cliente, personnage non nommé, désigné par la lettre B.
- Structure syntagmatique (Metz)
- La pièce se segmente en unités rythmées par les poèmes récités plutôt que par des scènes ou des actes au sens classique. On peut identifier cinq mouvements : 1) l'ouverture, où l'androïde récite seule un poème de Tanikawa pendant que la jeune femme semble endormie, avant que celle-ci ne se réveille et questionne son origine ; 2) un premier échange sur la nature du soin, où la jeune femme évoque son incompréhension enfantine face au don de l'androïde par son père ; 3) une séquence centrale organisée autour de la récitation du Bateau ivre de Rimbaud, que la jeune femme connaît par cœur et récite elle-même en français, faisant basculer un instant les rôles de récitante ; 4) un dialogue sur la mort prochaine et sur la nature de l'androïde, incluant la question du nombre de géminoïdes existants et de leur éventuelle destruction ; 5) la clôture, où l'androïde récite seule un dernier poème long, qui déborde le cadre du dialogue et projette sa propre trajectoire après la mort de sa cliente.
- Fabula vs Syuzhet (Bordwell)
- L'écart entre fabula et syuzhet est ici minimal, la pièce respectant globalement l'ordre chronologique des événements qu'elle représente, à savoir une conversation continue entre l'androïde et la jeune femme mourante, sans flash-back ni ellipse marquée. Le seul déplacement notable tient à la clôture : le dernier poème, récité par l'androïde seule, projette un futur hypothétique après la mort de la jeune femme, introduisant une brève anticipation dans un récit par ailleurs linéaire et présentiste.
- Régime modal (Ryan)
- Le monde de la fiction est un futur proche où la coexistence entre humains et androïdes de compagnie est présentée comme normale et déjà institutionnalisée, un père pouvant acheter un tel dispositif pour sa fille malade. C'est un régime réaliste et spéculatif plutôt que dystopique ou utopique : la pièce ne dramatise pas cette coexistence comme un danger ni ne la célèbre comme un progrès, elle la pose comme un fait acquis du monde représenté, ce qui déplace l'intérêt du monde fictionnel vers la relation elle-même plutôt que vers ses implications sociétales.
- Voix et acousmatique (Chion)
- La voix de l'androïde est doublement acousmatique au sens de Chion : sur scène, elle provient d'une opératrice hors champ qui contrôle la voix et les mouvements du Geminoid F par téléopération, si bien que le corps visible sur scène n'est jamais la source réelle de la parole qu'on entend. Le texte lui-même thématise ce trouble de la source vocale, notamment lorsque l'androïde et la jeune femme se citent mutuellement des poèmes dans plusieurs langues, brouillant la question de qui parle « en propre » et qui répète la parole d'un autre. Cette scission entre corps visible et voix produite ailleurs est au cœur de l'inquiétude que suscite le dispositif.
- Racontabilité (Ryan)
- Une machine sans conscience avérée est chargée de consoler une mourante par la parole poétique, et cette parole semble opérer malgré l'absence revendiquée de sentiment chez celle qui la porte, l'androïde affirmant explicitement dans le texte que les androïdes n'aiment pas et ne savent pas, tout en cherchant à être utile à sa cliente. La tension centrale est là : la pièce ne raconte pas une histoire d'événements, mais met à l'épreuve, par la parole seule, ce qui distingue le réconfort de sa simulation.
- Identification (Metz)
- Le dispositif place le spectateur davantage du côté de la jeune femme mourante, seule figure explicitement dotée d'une intériorité, de doutes et d'une histoire personnelle. Mais le texte travaille aussi à ouvrir une identification partielle à l'androïde, notamment dans le poème final où elle articule à la première personne un désir de mémoire et d'attachement, alors même qu'elle vient d'affirmer ne pas savoir aimer. Cette oscillation entre refus et ouverture de l'identification à la machine est un des effets les plus troublants du texte.
- Focalisation (branigan et als.)
- Le texte est construit en focalisation externe généralisée : aucun narrateur omniscient, aucun accès privilégié aux pensées de l'un ou l'autre personnage au-delà de ce que le dialogue donne à entendre. Le spectateur perçoit la scène de l'extérieur, sans focalisateur dominant, ce qui est cohérent avec l'esthétique du théâtre de Hirata, qui évite les didascalies psychologiques.
- Niveaux de narration / récits enchâssés / métalepse / mise en abyme (Branigan et als.))
- Il y a un net dispositif de récit enchâssé : les poèmes cités constituent des récits ou des voix secondaires insérées dans le dialogue principal, chacun avec sa propre origine, sa propre langue et son propre locuteur fictif. Le poème final, où l'androïde imagine sa propre trajectoire après la mort de sa cliente, fonctionne presque comme une mise en abyme du dispositif de la pièce elle-même, une machine racontant, en l'anticipant, l'histoire de sa propre continuité après la disparition de celle qu'elle accompagnait.
- Hypotextes et Adaptations
- La pièce entretient une relation intermédiale avec le film Sayonara (2015) de Kōji Fukada, qui en constitue une adaptation cinématographique reprenant les mêmes interprètes principaux, soit Bryerly Long et le Geminoid F. Cette relation est de l'ordre de la transposition et de l'expansion : le format bref de la pièce, d'une quinzaine à une trentaine de minutes selon les sources, est développé en un long métrage de 112 minutes, auquel s'ajoute un cadre narratif de science-fiction postnucléaire absent du texte théâtral original. On peut également noter une parenté de programme avec Les Trois Sœurs version androïde (2012), autre pièce de Hirata mettant en scène un géminoïde, présentée aux côtés de Sayonara ver.2 au Théâtre de Gennevilliers ; cette œuvre possède toutefois son propre hypotexte, Les Trois Sœurs de Tchekhov, et ce lien de programmation ne constitue pas une relation intertextuelle directe avec Sayonara.
- Scénario
-
Sayonara / さようなら
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Sayonara |
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