Analyse narratologique : La métalepse comme monde et l’architecture des rêves emboîtés

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Analyse narratologique : La métalepse comme monde et l’architecture des rêves emboîtés
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La narratologie contemporaine doit à Gérard Genette la notion de métalepse, cette transgression par laquelle se trouve franchie la frontière entre deux niveaux d'un récit, comme lorsqu'un narrateur fait irruption dans l'histoire qu'il est censé raconter depuis l'extérieur. Là où le roman ne pouvait produire pareille transgression que comme figure de style, Inception en fait un événement du monde raconté. L'œuvre emboîte en effet plusieurs récits, à savoir une réalité première, puis trois strates de rêve façonnées par des architectes, et enfin le Limbo, cet espace informe qui gît au fond de l'inconscient. Les personnages ne racontent pas un niveau depuis un autre, ils y descendent physiquement en s'endormant, puis en remontent grâce à un choc synchronisé que le film appelle le kick. Miklós Kiss, dans une étude parue en 2012, décrit ce geste comme une diégétisation de la métalepse, autrement dit la conversion d'un procédé de narration en phénomène concret à l'intérieur de la fiction. Voilà l'originalité formelle majeure du film.

Cette architecture s'accompagne d'un travail sur le temps que l'œuvre prend soin de chiffrer. Le chimiste de l'équipe explique que la fonction cérébrale atteint environ vingt fois la normale et que l'effet se démultiplie à chaque palier, de sorte que dix heures de vol deviennent une semaine, puis six mois, puis dix ans. En termes genettiens, la durée du récit se dilate à mesure que l'on s'enfonce dans les rêves, et cette distorsion devient le moteur même de la tension.

Le film déploie une narration que David Bordwell qualifierait de restreinte, car le spectateur n'en sait jamais beaucoup plus que Cobb et découvre le monde du rêve à travers son seul regard. Cette restriction se change vite en piège, puisque Cobb dissimule précisément ce qui compte le plus, à savoir sa responsabilité dans la mort de sa femme. La narratologie distingue à cet endroit deux plans du récit. Il y a d'abord la fabula, qui désigne les événements tels qu'ils se sont réellement produits dans leur ordre chronologique, et il y a ensuite le syuzhet, qui désigne l'agencement effectivement retenu pour nous les présenter. Or le film sépare volontairement ces deux plans. Les faits nous parviennent troués, différés, sans cesse contredits par les surgissements de la femme disparue, de sorte que nous devons reconstruire par nous-mêmes une histoire dont la pièce maîtresse nous est soustraite. La faute de Cobb n'est abordée que tardivement, et cette révélation réorganise après coup tout ce que nous croyions avoir compris. Le récit avance ainsi en retenant contre nous une part de ce qu'il sait déjà, et c'est de cette rétention que naît l'essentiel de sa tension narrative.
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Complexité
Narrativité
Réflexivité
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
Inception
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Keven Laporte

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