Analyse épistémologique : La perception comme seul monde et l'indécidabilité du réel

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Analyse épistémologique : La perception comme seul monde et l'indécidabilité du réel
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Vanilla Sky fait de la connaissance du réel son problème central. Toute l'intrigue repose sur une question vertigineuse et pourtant simple, celle de savoir comment un esprit pourrait vérifier que ce qu'il perçoit existe vraiment. C'est l'énigme que le philosophe René Descartes formulait à travers son argument du rêve où aucun signe interne ne permettrait à la conscience de distinguer avec certitude le rêve de l'état de veille. Le film prend cette énigme au mot et lui donne corps. Il convoque ensuite une thèse plus radicale encore, celle de l'évêque irlandais George Berkeley, penseur du XVIIIe siècle pour qui exister revient à être perçu. Chez Berkeley il n'existe aucun monde matériel indépendant de l'esprit, car le monde tient tout entier dans la perception qu'on en a. Le rêve lucide vendu par Life Extension applique cette idée à la lettre. Le monde de David n'a pas d'autre substance que sa conscience, si bien que lorsque cette conscience se dérègle le monde se dérègle avec elle.

À cette première couche s'ajoute la pensée de Jean Baudrillard et sa notion d'hyperréalité. Le sociologue français appelle simulacre une copie sans original, une image qui a remplacé le réel au point de sembler plus vraie que lui. Le rêve de David n'imite pas une vie qu'il aurait vécue, il en fabrique une de toutes pièces, réglée sur ses désirs et ses souvenirs. Cette perfection fabriquée devient justement ce qui la trahit, car un réel sans aspérité finit par éveiller le soupçon, « the sweet is never as sweet without the sour ».

Le film inscrit cette indécidabilité dans sa matière même. L'injonction répétée de Sofía, open your eyes, rappelle sans cesse que tout se joue au seuil de la perception, dès l'ouverture comme à la clôture du récit. La révélation portée par le soutien technique de Life Extension, qui rappelle à David les cent cinquante années écoulées et évoque une conscience gelée en train de rêver, confirme que ce que le spectateur tenait pour le réel n'était qu'une conscience suspendue. En faisant douter le spectateur au même rythme que David, le film ne se contente donc pas de représenter le doute cartésien, mais il le lui fait ressentir.
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
Vanilla Sky
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Keven Laporte

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