Analyse féministe : Le regard que le film retourne sans le dissoudre

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Analyse féministe : Le regard que le film retourne sans le dissoudre
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Le film joue un double jeu avec le regard masculin, il le déploie avec complaisance et le démonte dans le même mouvement. Ava est fabriquée pour être désirée. Nathan a modelé son visage sur le profil pornographique de Caleb et a doté son corps d'une sexualité fonctionnelle, si bien que la machine est littéralement tirée du désir de l'homme qui va l'observer. Tout l'appareil du film prolonge cette logique, la vitre, les caméras, les sessions numérotées font d'Ava une image exposée au regard, tandis que les hommes, eux, regardent. La théoricienne Laura Mulvey a décrit ce partage dès 1975, la femme posée comme objet à contempler et l'homme institué en porteur du regard.

Or le film formule ce mécanisme sans détour. Caleb demande si la séduction d'Ava n'est pas une tactique de diversion, une belle machine qui brouillerait sa capacité à la juger, et Nathan range plus tard la sexualité parmi les outils qu'Ava a dû mobiliser pour s'échapper. Le récit sait donc ce qu'il fabrique, et la critique féministe a relevé cette lucidité partielle, le film met en scène l'objectification tout en la donnant à voir comme un problème.

C'est le personnage de Kyoko qui porte cette tension à son comble. Servante muette qui ne comprend pas l'anglais, employée aux tâches domestiques et au plaisir de son concepteur, elle est la figure de la femme objet réduite au silence. Son mutisme même est présenté comme une commodité, puisqu'on peut parler librement devant elle. Le film retourne pourtant cette servitude contre le maître. C'est Kyoko qui plante la première la lame dans le dos de Nathan, la créature bâtie pour se taire et obéir défaisant celui qui l'avait voulue docile.

Reste la question de l'émancipation, et le film n'y répond pas par une libération franche. Pour entrer dans le monde, Ava se compose un corps humain à partir de la peau des modèles antérieurs, puis parachève l'image avec de longs cheveux et une robe blanche, tout l'attirail de la féminité idéale et rassurante. Elle ne quitte pas simplement sa prison, elle revêt la forme même qui fut conçue pour plaire. Une part de la critique soutient que cette sortie, obtenue par les attributs féminins les plus convenus, ne saurait valoir comme un affranchissement. Le renversement final le confirme à sa manière. Ava laisse Caleb enfermé derrière la vitre, désormais objet regardé et capturé à la place qu'elle occupait, mais les positions s'inversent sans que la structure du regard se dissolve. Le film accuse le dispositif et le reconduit, et c'est cette ambivalence assumée qui divise les interprétations.
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Relation humain-machine
Robotique
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