Analyse narratologique : L'accélération quantifiée comme moteur du récit
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Le récit de Lucy repose sur un principe d'accélération constante que Besson mobilise pour produire de la sensation plutôt que de la contemplation. En 89 minutes, la fabula suit une progression qui va de dix à cent pour cent des capacités cérébrales, et cette montée s'emballe de façon exponentielle à mesure que le film avance. Les premières scènes adoptent le tempo nerveux du thriller d'action alors que les dernières basculent dans le rythme suspendu d'une vision cosmique. Cette courbe rappelle la manière dont le cinéma d'action contemporain cherche à saturer la perception du spectateur, mais Besson la met au service d'un propos spéculatif sur l'évolution de la conscience.
En suivant la grille de Bordwell, on observe une narration omnisciente et ouvertement didactique. Le spectateur sait en permanence où en est Lucy grâce à l'indicateur de pourcentage affiché à l'écran, il comprend les conséquences de chaque seuil parce que le professeur Norman les commente en parallèle, et il n'est presque jamais laissé dans l'incertitude. La complexité narrative se voit ici remplacée par la lisibilité et par la spectacularité visuelle, un choix qui rapproche le film du cinéma grand public tout en cherchant à porter des questions philosophiques.
Le film intercale par ailleurs des séquences documentaires, images de prédateurs et de proies en ouverture, vues cosmologiques, planches de neurologie. Ces fragments ne font pas partie de l'intrigue principale et fonctionnent comme ce que Metz nomme des syntagmes entre parenthèses, un commentaire méta posé sur l'action. Besson ancre ainsi son film dans un discours évolutionniste et cosmologique, si bien que Lucy cesse d'être seulement l'histoire d'une femme transformée pour devenir celle de l'espèce humaine.
Cette linéarité affichée relève pourtant de l'illusion. La progression se donne comme logique alors que chaque seuil produit des pouvoirs incommensurables, sans lien solide entre le contrôle des corps et le voyage dans le temps. La quantification masque une discontinuité qualitative, et la vitesse du montage empêche le spectateur de s'arrêter sur cette faille. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Lucy
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Keven Laporte
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Lucy |
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