Analyse philosophique : l'humain comme pont entre le primate et l'étoile

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Analyse philosophique : l'humain comme pont entre le primate et l'étoile
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2001 se présente comme une cosmogonie, un récit des origines et du devenir de l'espèce humaine. Sa charpente est nietzschéenne. En reprenant dès son ouverture le poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, inspiré de Nietzsche, Kubrick épouse une thèse célèbre du philosophe, celle qui fait de l'homme non pas une fin mais un pont tendu entre le primate qu'il fut et le surhomme qu'il pourrait devenir. L'Enfant des étoiles incarne cette étape à venir.

La question de la conscience traverse le film sur deux plans qui se répondent en miroir. HAL, la conscience artificielle, s'éteint et régresse vers l'enfance, sa voix ralentissant jusqu'au silence, tandis que Bowman avance vers une renaissance spirituelle. La machine meurt de la manière la plus humaine qui soit, pendant que l'humain renaît sous une forme qui n'a plus rien de terrestre.

Cette inversion éclaire le vrai statut de HAL. Loin d'incarner une seconde conscience appelée à rejoindre la nôtre, la machine appartient à la longue lignée des outils que l'humain façonne depuis l'aube de son histoire. Le primate qui brandit l'os et le raccord qui mue cette arme en vaisseau installent le motif d'une espèce définie par ses instruments. HAL en est le point culminant, l'outil le plus perfectionné jamais conçu, mais un outil tout de même, de la même matière que la nacelle et le vaisseau. Voilà pourquoi Bowman doit d'abord le débrancher, puis se défaire de tout appareillage dans la chambre baroque, où il quitte sa combinaison et où la nacelle disparaît du cadre. L'Enfant des étoiles ne naît pas d'une alliance avec la technologie, mais d'un franchissement de sa condition terrestre.

Au centre de cette méditation se dresse le monolithe, seule présence stable d'un bout à l'autre. Le roman compagnon de Clarke précise que ses proportions obéissent aux carrés des trois premiers entiers, un, quatre et neuf. Cette régularité renvoie à l'idée d'un univers intelligible dans sa structure même, ce que Galilée nommait le livre de la nature écrit en langage mathématique. La mort de HAL prolonge cette intuition, puisque la machine s'éteint non sur un théorème mais sur une comptine, comme si la musique restait le dernier trait d'humanité.
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
2001 : L'Odyssée de l'espace
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Keven Laporte

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