Analyse esthétique : La perfection formelle comme inquiétude
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- Analyse esthétique : La perfection formelle comme inquiétude
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L'esthétique de 2001 a façonné pour longtemps la manière dont le cinéma populaire imagine l'espace. Kubrick et son chef opérateur Geoffrey Unsworth ont inventé des techniques inédites pour créer l'apesanteur, la lumière du vide et la rotation lente des vaisseaux. De cet effort naît une image d'une précision quasi documentaire, mais cette exactitude ne rassure jamais. Elle sert au contraire une vision métaphysique qui reste opaque jusqu'au bout.
Le principe qui gouverne tout l'ensemble est la symétrie. Kubrick compose la plupart de ses espaces intérieurs selon une perspective à point de fuite central, si bien que les couloirs du Discovery, la station orbitale et jusqu'à la chambre baroque finale convergent vers un même axe. Cette rigueur produit un sentiment double. On admire un ordre parfait et l'on ressent en même temps un malaise sourd, car un monde aussi régulier ne ressemble plus à un monde humain. La beauté formelle devient ici un instrument de distance plutôt que d'adhésion.
Cette froideur trouve son incarnation la plus nette dans la figure de HAL. La machine n'a pas de corps et n'existe que par un œil rouge fixe et par la voix que lui prête Douglas Rain. Cette voix a été calibrée pour une neutralité totale, ni chaleureuse ni menaçante, et c'est précisément cette absence d'affect marqué qui trouble. Le calme parfait de l'ordinateur devient le signe sensible d'une présence qui échappe à nos catégories.
La bande sonore parachève ce travail.
Pour la musique, Kubrick prend une décision radicale. Il écarte une partition originale déjà composée par Alex North et lui préfère des œuvres classiques existantes, choisies pour tout ce qu'elles évoquent déjà dans la culture. En suivant Chatman, on peut dire que cette musique n'agit pas sur l'histoire racontée mais sur le discours, autrement dit sur la façon dont le film s'adresse à nous. Là où le cinéma courant colle sa musique à l'émotion d'une scène pour la renforcer, Kubrick fait l'inverse et s'en sert pour prendre ses distances. La valse de Johann Strauss en offre l'exemple le plus net. Elle accompagne le ballet lent des vaisseaux et de la station orbitale, et le contraste entre la légèreté mondaine de cette valse et le vide glacé de l'espace crée une ironie qui tient le spectateur à distance au lieu de l'émouvoir. Les textures denses et sans mélodie de György Ligeti reviennent quant à elles à chaque apparition du monolithe. Leur étrangeté, qui ne ressemble à aucune harmonie familière, exprime ce que les images taisent, une altérité absolue que cette association hors de l'ordinaire à sue nommer. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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2001 : L'Odyssée de l'espace
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Keven Laporte
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2001 : L'Odyssée de l'espace |
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