Le soin à distance et la peur du deuil chez l'aidant
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- Le soin à distance et la peur du deuil chez l'aidant
- Argument de l'annotation
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ElliQ s'adresse à deux publics simultanés : la personne âgée, à qui le dispositif se présente comme compagne, et le proche, à qui il se présente comme un instrument de suivi à distance. Le motif le plus révélateur de cette double adresse est celui de la discrétion : une citation reprise dans la presse spécialisée précise que le dispositif alerte l'aidant sans paraître aussi intrusif qu'une caméra, ce qui requalifie en soin une fonction de surveillance comportementale sans jamais la nommer comme telle.
Cette discrétion masque une tension de fond entre le devoir de vigilance envers la personne âgée et son droit à l'intimité. Le dispositif transmet des indicateurs agrégés, comme le sommeil ou l'humeur, mais rien n'indique qu'il relaierait le contenu réel d'une conversation, y compris dans des moments aussi chargés que celui du deuil évoqué dans l'analyse sur les contradictions du lien. On peut se demander si un relais plus direct de ce type de conversation vers les proches aidants serait souhaitable, mais une telle option soulève aussitôt la question du consentement de la personne âgée à être ainsi écoutée dans un moment de vulnérabilité, une question absente du discours officiel du produit.
Les deux seules voix de proches aidants documentées dans notre corpus, toutes deux critiques, éclairent cette tension sous un angle différent. Le fils d'une usagère refuse de discuter de finances devant l'appareil, par crainte d'être entendu et enregistré, tandis qu'un autre proche s'inquiète publiquement de la collecte de données sur le sommeil et les habitudes de vie. Aucun des deux ne décrit de bénéfice retiré de l'application destinée aux aidants elle-même.
Une hypothèse complémentaire mérite d'être posée sur la décision d'installer un tel dispositif. Si la peur du déclin peut motiver l'attachement de la personne âgée elle-même, la décision d'un proche d'installer ou de maintenir ce type de dispositif pourrait tout autant répondre à une peur symétrique, celle de perdre ce parent et le pan d'histoire familiale qu'il porte, plutôt qu'à un besoin exprimé en premier lieu par la personne âgée elle-même. Le fait de parler, dans ce contexte, joue une fonction reconnue par la médecine narrative de Rita Charon, pour qui le récit de la maladie ou du vieillissement fait partie intégrante du soin plutôt que d'en être un simple accessoire, une fonction qu'un dispositif d'IA occupe alors partiellement, sans les conditions relationnelles que cette tradition théorique y associe habituellement.
Cette tension rejoint directement la théorie de la vulnérabilité produite par les dispositifs techniques, développée par Mackenzie, Rogers et Dodds. - Mot clé(s) associé(s)
- Automatisation du soin
- Confidentialité
- Consentement
- Relation humain-machine
- Surveillance
- Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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ElliQ
- E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
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Dominique Michaud
- Media
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ElliQ |
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