La commodification de la solitude et ses bénéficiaires
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- La commodification de la solitude et ses bénéficiaires
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Le discours promotionnel d'ElliQ suit une structure proche de celle de la publicité de produits de consommation courante : un problème est posé (l'aîné seul), une solution est mise en scène (le dispositif), puis validée par des témoignages satisfaits. Cette structure, comparable à celle des annonces de produits ménagers où une tache disparaît en un geste, transforme un besoin relationnel en bien mesurable et commercialisable, ce que la sociologie des émotions a déjà nommé et documenté ailleurs, notamment chez Eva Illouz et sa notion de capitalisme émotionnel, et chez Arlie Hochschild et ses travaux sur la commercialisation de la vie intime.
Cette commodification invite à poser directement la question des bénéficiaires. L'entreprise et ses investisseurs tirent un revenu récurrent d'un modèle de location plutôt que de vente, avec des frais d'inscription, un abonnement mensuel et des pénalités en cas de non-retour de l'appareil. Les agences publiques et les organismes de première ligne, comme les services d'incendie qui distribuent le dispositif, obtiennent un geste concret et démontrable à présenter, indépendamment de l'efficacité réelle à long terme. Les proches aidants demeurent la partie la plus silencieuse du dossier : les deux seules voix familiales documentées jusqu'ici, toutes deux inquiètes de la collecte de données, ne témoignent d'aucun usage réel ou bénéfice retiré de l'application qui leur est destinée.
Pour les personnes âgées elles-mêmes, les bénéfices restent inégalement répartis. Une étude américaine sur un robot compagnon comparable, le Hyodol, montre que sur 35 personnes suivies pendant quatre mois, 11, toutes des femmes, ont retourné l'appareil. Les raisons invoquées ne relèvent pas tant d'un rejet de la relation elle-même que de facteurs pratiques : le bruit du dispositif jugé dérangeant, la lassitude devant un contenu préenregistré qui finit par se répéter, et, pour certaines, des limitations de santé rendant l'interaction difficile. Les personnes qui ont conservé le robot avaient par ailleurs des contacts nettement moins fréquents avec leurs enfants adultes que celles qui l'ont retourné, ce qui suggère que ces dispositifs comblent avant tout un vide relationnel déjà présent plutôt que d'ajouter un bénéfice généralisable.
Ce n'est donc pas une solution uniforme : ses bénéfices institutionnels et commerciaux semblent plus constants et mieux documentés que ses bénéfices pour l'usager final, dont l'expérience varie fortement selon l'isolement préalable et l'état cognitif. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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ElliQ
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Dominique Michaud
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