Analyse philosophique : La mort programmée comme décision politique
Item
- Titre de la relation / annotation
- Analyse philosophique : La mort programmée comme décision politique
- Argument de l'annotation
-
Blade Runner peut se lire comme une parabole théologique autant que comme un film de science-fiction. La relation entre Roy et Tyrell reprend la structure du récit de la création où Roy tient à la fois d'Adam et de Lucifer, Tyrell occupe la place du Père, et sa pyramide surélevée évoque l'Éden ou l'Olympe. Quand Roy tue Tyrell, c'est en un sens la créature qui tue son créateur, précisément parce que celui-ci refuse de modifier ce qu'il a créé.
Baudrillard, dans Simulacres et simulation (1981), offre le cadre théorique le plus direct pour penser les réplicants, car la distinction entre l'original et la copie s'y effondre. Les réplicants ne sont pas des imitations imparfaites des humains, ils en sont des copies indiscernables, identiques en tout sauf pour un paramètre informationnel, leur durée de vie programmée. C'est exactement ce que Baudrillard appelle le simulacre, une copie sans original, qui finit par se substituer au réel qu'elle était censée imiter.
L'acte de Roy sauvant Deckard, dans les dernières minutes du film, admet plusieurs lectures philosophiques. Pour une éthique kantienne, héritée des Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), c'est un acte moral au sens plein, accompli par devoir et sans aucun bénéfice pour son auteur. Pour l'existentialisme sartrien, c'est plutôt un acte de liberté absolue, le choix ultime par lequel Roy se définit lui-même dans ses derniers instants. Une lecture chrétienne y verrait un geste de grâce, le pardon accordé à un ennemi, signe traditionnellement associé à la présence d'une âme.
Cette question de la dignité des réplicants se noue directement à celle de leur mort programmée. Tyrell la présente comme un simple paramètre technique, un choix de conception sans portée morale. Mais elle est en réalité une décision politique, car en limitant la durée de vie des réplicants à quatre ans, Tyrell les empêche d'atteindre une pleine conscience de soi et de revendiquer des droits. Cette logique éclate au moment même où Tyrell explique froidement à Roy que la lumière qui brille deux fois plus fort brûle deux fois moins longtemps, juste avant que Roy ne le tue.
La question de savoir si Deckard est lui-même un réplicant prend alors une portée philosophique qui dépasse le simple ressort narratif. Si Deckard traque et tue ses semblables sans le savoir, le film devient une allégorie de la violence auto-infligée, celle d'un être opprimé instrumentalisé pour opprimer les siens. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
-
Blade Runner
- E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
-
Keven Laporte
Linked resources
| Title | Class |
|---|---|
Blade Runner |
Annotations
There are no annotations for this resource.



