Analyse narrative : La structure alternée du chasseur et des chassés
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Blade Runner s'impose comme le film fondateur du néo-noir de science-fiction, greffant les codes du polar classique tels que l'enquête, la femme fatale, la pluie nocturne, sur une fabula de science-fiction peuplée de réplicants et de corporations. Cette hybridation est d'abord une affaire de structure. Suivant le modèle de la grande syntagmatique proposé par Christian Metz, le récit alterne deux lignes d'action : la traque menée par Deckard et la fuite des réplicants qui cherchent à survivre. Cette alternance installe une identification double, le spectateur suit à la fois le chasseur et les chassés, si bien que sa sympathie finit par se déplacer d'un camp à l'autre.
La voix off de la version cinéma de 1982, un procédé emprunté au film noir classique, disparaît dans le Director's Cut de 1992. Ce retrait change profondément l'expérience du film : sans instance narrative pour guider l'interprétation, la question de la nature de Deckard devient plus pressante. On retrouve ici la distinction proposée par David Bordwell entre la fabula et le syuzhet. La fabula apparente tient en une phrase, quatre réplicants cherchent à prolonger leur existence et sont pourchassés par un blade runner. Le syuzhet, lui, est nettement plus dense : il ajoute la relation entre Deckard et Rachael, les interrogations philosophiques portées par les réplicants et une possible remise en cause de l'humanité même du protagoniste. La narration, restreinte au savoir de Deckard, se heurte à un paradoxe où le personnage qui focalise le récit pourrait être aveugle à sa propre nature. Le motif de la licorne, ajouté au Director's Cut, en est la preuve la plus troublante, car le rêve de Deckard et l'origami laissé par Gaff suggèrent que ses souvenirs pourraient, comme ceux de Rachael, être implantés.
L'espace urbain participe pleinement de cette construction narrative. Giuliana Bruno, dans son article de référence paru dans October en 1987, décrit le Los Angeles du film comme un palimpseste postmoderne où se superposent l'Art déco du Bradbury Building, des mégastructures brutalistes et une signalétique asiatique omniprésente. Suivant la distinction proposée par Seymour Chatman entre histoire et discours, cet espace fonctionne comme un commentaire visuel sur la condition des réplicants, un monde où l'authentique et l'artificiel coexistent sans hiérarchie claire.
Le film se présente ainsi comme une enquête policière ordinaire, mais cette apparence masque sa véritable question, qui n'est pas de savoir si Deckard capturera les réplicants, mais s'il est lui-même l'un d'entre eux. Le test Voight-Kampff, censé distinguer les humains des réplicants, se révèle peu concluant, car il faut une centaine de questions pour démasquer Rachael. Quant à Deckard, lui, il ne s'est jamais soumis au test et reste donc une énigme jusqu'aux dernières scènes. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Blade Runner
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Keven Laporte
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Blade Runner |
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