Analyse narrative : Le temps comme élément narratif
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Blade Runner 2049 dure 163 minutes pour raconter quelques jours dans la vie d'un policier réplicant. Ce déséquilibre appuie la thèse du film. Villeneuve emprunte à Tarkovski le principe selon lequel dilater le temps à l'écran force le spectateur à habiter l'intériorité d'un personnage plutôt que de suivre son action. Comme dans Stalker (1979) ou Le Sacrifice (1986), ici, le plan long n'est jamais décoratif. Il est la condition d'une réflexion que l'urgence rendrait impossible. Le film transpose ce principe dans un univers cyberpunk, ce qui constitue en soi une décision formelle radicale qui utilise la contemplation là où le genre appelle l'efficacité.
Bordwell distingue la fabula, soit les événements dans leur ordre chronologique, du syuzhet, soit la manière dont le film les agence et les rythme. Dans cette oeuvre, la fabula pourrait tenir en 90 minutes. C'est le syuzhet qui la distend, par des pauses que Reinhard (2018) appelle archéologiques : K creuse la ferme de Sapper Morton, fouille les archives de l'orphelinat, traverse un désert entièrement orange. Chaque séquence dépose une strate de sens avant de passer à la suivante. Le film procède comme un site de fouilles, pas comme une enquête policière.
Le Baseline Test structure ce récit en deux temps nets. K le réussit au début, quand il est encore un réplicant qui obéit. Il l'échoue après avoir cru découvrir qu'il est l'enfant miracle, quand ses certitudes sur son identité commencent à se fissurer. Campbell (2023) a montré que le texte récité lors du test, tiré de Pale Fire de Nabokov, n'est pas choisi au hasard. K répète des phrases dont il ne comprend pas le sens, exactement comme le commentateur du roman de Nabokov projette son identité sur un texte qui ne lui appartient pas. L'échec du test marque le basculement du film, le moment où K cesse d'obéir et commence à choisir.
La focalisation est entièrement restreinte à K, ce qui renforce l'illusion narrative centrale. Le spectateur partage sa croyance : pendant une bonne partie du film, tout indique qu'il est l'enfant né d'une réplicante, le premier de son espèce. Quand la révélation tombe, elle atteint le spectateur autant que le personnage. Metz analysait l'identification au cinéma comme un effet de dispositif, pas de sympathie. La caméra n'offre ici aucun point de vue extérieur qui permettrait de douter plus tôt. L'illusion est construite avec rigueur, et sa destruction est la leçon philosophique du film, car c'est parce que K n'est pas l'Élu, parce qu'aucun destin ne l'attend, que son dernier acte est véritablement libre. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Blade Runner 2049
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Keven Laporte
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Blade Runner 2049 |
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