Analyse philosophique : Mythologie, philosophie politique et héritage culturel
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Metropolis est autant une parabole religieuse qu'un film de science-fiction. Alex McAuley (2015) identifie dans sa structure narrative une mythologie biblique complète et explicite où la Tour de Babel incarne l'orgueil de Fredersen, le déluge détruit les quartiers ouvriers, le bûcher répète la chasse aux sorcières médiévale, Freder incarne une figure messianique et le fils du maître qui descend parmi les opprimés pour les sauver. Cette couche mythologique est intentionnelle, et elle détermine directement la résolution philosophique du film.
Cette résolution est formulée dans l'intertitre final, devenu l'une des phrases les plus citées de l'histoire du cinéma : « Le médiateur entre la Tête et les Mains doit être le Cœur. » Kracauer, dans From Caligari to Hitler (Princeton UP, 1947), est le critique le plus sévère de cette thèse : elle constitue selon lui une illusion réactionnaire caractéristique de la disposition proto-fasciste de la République de Weimar où le refus de résoudre les conflits de classe par une transformation sociale réelle est remplacé par un appel sentimental à la réconciliation humaine. Freder, fils du maître, ne peut pas être un vrai médiateur, car il reproduit la structure hiérarchique sous une forme humaine acceptable. Les rapports de domination sont intacts à la fin du film.
L'autorialité de Metropolis est elle-même complexe et historiquement chargée. Thea von Harbou, co-scénariste et auteure du roman original (1925), a une contribution créatrice majeure que l'histoire du cinéma a longtemps minimisée au profit de Lang. La structure narrative, les personnages et la thèse philosophique du film viennent largement de von Harbou, ce qui ajoute une ironie historique considérable, car après leur séparation, von Harbou rejoindra le parti nazi tandis que Lang fuira l'Allemagne en 1933. Les deux auteurs du même film suivront des trajectoires politiques diamétralement opposées.
L'héritage culturel de Metropolis est d'une ampleur sans équivalent dans l'histoire de la science-fiction. Sa contribution la plus durable est d'avoir fondé le paradigme de l'IA féminine comme figure ambivalente de désir et de danger, repris directement par d'autre cinéastes. George Lucas a explicitement cité le Maschinenmensch comme inspiration à C-3PO dans Star Wars (Lucas, 1977), même chose pour les réplicantes de Blade Runner (Scott, 1982) et Ava dans Ex Machina (Garland, 2014). Dans la culture populaire, la figure du robot Maria a inspiré les clips de Madonna (Express Yourself, 1989), Queen (Radio Ga Ga, 1984) et la suite Metropolis de Janelle Monáe.
Le film bénéficie depuis 2001 d'une inscription au registre Mémoire du monde de l'UNESCO, et la restauration de 2010 (rendue possible par la découverte de 25 minutes de négatif à Buenos Aires et en Australie) a constitué un événement culturel international majeur. Metropolis figure aujourd'hui au palmarès Sight & Sound / BFI 2022 (#67 des plus grands films de tous les temps) et au classement Empire (#12 des meilleurs films du cinéma mondial, 2010). Sa prophétie centrale, une entité artificielle imitant parfaitement un humain pour le manipuler, est passée de la fiction à la réalité technique en moins d'un siècle. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Metropolis
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Keven Laporte
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