Analyse sociopolitique : Le Maschinenmensch, le genre et la domination politique
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Le Maschinenmensch, « l'Homme-machine », est la première grande figure d'androïde féminin de l'histoire du cinéma, et sa fonction narrative est précisément définie : c'est une arme politique dans un conflit de classe. Fredersen demande à Rotwang de donner au robot l'apparence de Maria pour infiltrer et discréditer le mouvement ouvrier. Le robot n'est pas conçu pour remplacer le travail humain, il est conçu pour contrôler socialement ceux qui travaillent.
Sa création diégétique condense deux mythes fondateurs de la création artificielle analysés par Alex McAuley dans « Savior of the Working Man » (Classical Myth on Screen, Palgrave Macmillan, 2015) : le mythe de Pygmalion (l'artiste qui donne vie à sa création idéale) et celui de Frankenstein (le scientifique qui transgresse les limites du vivant). Rotwang a construit le robot pour ressembler à Hel, la femme qu'il a aimée et perdue, ajoutant une motivation personnelle à la commande politique de Fredersen. Cette double généalogie sera reprise directement dans Ex Machina, un autre film du corpus, où Nathan est simultanément Pygmalion et Frankenstein.
L'analyse la plus influente du Maschinenmensch reste celle d'Andreas Huyssen dans « The Vamp and the Machine » (New German Critique 24-25, 1981-1982) : le robot condense deux peurs masculines fondamentales de la modernité. La peur de la machine qui dépossède l'artisan de son travail, et la peur de la femme sexuée qui menace l'ordre patriarcal. La vraie Maria est asexuelle, maternelle, spirituelle, bref une Madonna. La fausse Maria est une vamp : elle danse lascivement au cabaret Yoshiwara, excite les hommes jusqu'à la violence, détruit la cohésion sociale. Lang déploie le complexe Madonna-putain dans sa forme la plus explicite.
Gabriela Stoicea, dans « Re-Producing the Class and Gender Divide » (Women in German Yearbook 22, 2006), prolonge cette lecture en montrant comment le film superpose hiérarchie de classe et hiérarchie de genre où le corps féminin du robot est doublement instrumentalisé, à la fois comme un outil de production symbolique au service du capital et comme objet de désir au service du regard masculin. R.L. Rutsky, dans « The Mediation of Technology and Gender » (New German Critique 60, 1993), appelle ce processus la « colonisation du corps humain par le rythme de la machine », une formule qui s'applique aussi bien aux ouvriers qui marchent mécaniquement qu'à Brigitte Helm contrainte dans son costume de plaques rigides.
La réalisation concrète du Maschinenmensch est l'œuvre du sculpteur Walter Schulze-Mittendorff : un costume de plaques de bois recouvertes de plastique, d'une rigidité et d'un inconfort extrêmes pour Helm, qui joue le robot sans aucune aide mécanique. Cette corporalité contrainte est elle-même une métaphore : la performance du robot est une performance de l'inhumanité imposée de l'extérieur. La scène du bûcher final condense plusieurs couches de signification simultanées (répétition du mythe de la chasse aux sorcières, destruction technologique et révélation de vérité) quand les flammes révèlent le squelette mécanique sous le simulacre de Maria. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Metropolis
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Keven Laporte
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