Le sens polysémique de « care » : ressentir, montrer, maintenir, soigner

Item

Titre de la relation / annotation
Le sens polysémique de « care » : ressentir, montrer, maintenir, soigner
Argument de l'annotation
Le titre de l'œuvre repose sur un jeu de mots en anglais. « Care » peut se traduire à la fois comme « prendre soin » et comme « se préoccuper, s'intéresser ». Ce double sens se retrouve dans l'œuvre elle-même, qui pose littéralement la question de savoir si une machine peut faire preuve d'empathie : est-elle capable de la ressentir, est-elle capable de la montrer, est-elle capable de la simuler ? Les réponses des participant·es sont univoques : la machine ne le peut pas, autant ressentir l'empathie que de la montrer de façon convaincante.

Cette lecture trouve un appui théorique chez Zielinski, qui définit la vulnérabilité du soignant comme une exposition réelle à la souffrance d'autrui, où l'action est toute empreinte de la réceptivité jusqu'au « malgré soi » de ce qui le lie au patient. Cette exposition vécue, par un corps qui subit et s'engage à la fois, est précisément ce que la médecin interrogée dans l'œuvre semble avoir à l'esprit lorsqu'elle affirme que l'IA ne pourra jamais devenir une « carer ».

L'autre sens du titre, « prendre soin », renvoie au fait de soigner quelqu'un, autant pour des blessures physiques, mentales ou émotionnelles, afin que cette personne retrouve la santé, mais aussi de s'occuper d'une personne qui est dans l'incapacité de prendre soin d'elle-même, qui a besoin d'aide, ou de ralentir le dépérissement d'une personne. Prendre soin peut être un enjeu à court terme, ou pour toute une vie.

Est-ce qu'une machine peut prendre soin ? S'il s'agit de garder quelqu'un en vie ou d'atténuer ses souffrances, oui, et ce genre de machine se retrouve déjà dans les hôpitaux. Cette lecture rejoint la définition très large du care que proposent Fisher et Tronto, citée par Paperman : une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde ». Une telle définition n'exclut pas la machine.

Mais s'il s'agit de sollicitude, la réponse dépend de la confiance qu'on peut accorder à une entité anonyme et remplaçable. Sur ce point, Zielinski distingue nettement la vulnérabilité du patient de celle du soignant : être exposé à l'altération qu'est la relation elle-même, voilà ce qui lie le malade et le soignant. Une machine peut assurer le maintien en vie, mais cette réciprocité relationnelle, qui suppose deux vulnérabilités en présence l'une de l'autre, échappe à sa portée. Ricœur, toujours selon Zielinski, ajoute qu'une confiance dans sa propre capacité ne peut recevoir confirmation que de son exercice et de l'approbation qu'autrui lui accorde, ce qui suppose une relation incarnée et reconnue, et non une entité anonyme et interchangeable.

L'œuvre semble ainsi distinguer implicitement deux registres du soin. D'un côté, des fonctions techniques de maintien et d'assistance, que la machine accomplit déjà sans difficulté. De l'autre, une sollicitude relationnelle, fondée sur la réciprocité de deux vulnérabilités exposées l'une à l'autre, que les voix de l'œuvre jugent hors de portée de l'IA.
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
DOES AI CARE?
E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
Dominique Michaud

Linked resources

Items with "Intégrer un template Analyse critique - Annotation: Le sens polysémique de « care » : ressentir, montrer, maintenir, soigner"
Title Class
DOES AI CARE?

Annotations

There are no annotations for this resource.