Analyse narrative : Trois actes, trois régimes narratifs; la structure syntagmatique d'A.I.

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Analyse narrative : Trois actes, trois régimes narratifs; la structure syntagmatique d'A.I.
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A.I. est un film structurellement tripartite, et c'est précisément cette tripartition qui explique sa réception critique divisée. Chacun des trois actes obéit à un régime narratif distinct, ce qui produit une expérience de visionnement profondément hétérogène.
Le premier acte fonctionne selon un régime mélodramatique classique : narration causale, focalisation interne sur David, identification maximale avec le personnage. Spielberg y déploie son registre habituel; lumières chaudes, gros plans, musique de chambre, pour encoder le conflit familial de manière émotionnellement engageante. C'est le régime spielbergien pur, tel que Chatman le conceptualise dans la distinction story/discourse : la mise en scène intime encode une rivalité fraternelle de façon à maximiser l'empathie du spectateur envers David, l'enfant-robot.
Le deuxième acte bascule vers un régime picaresque et épisodique. La focalisation reste sur David mais l'espace narratif s'élargit à un monde extérieur dystopique (le Flesh Fair, Rouge City et Manhattan submergé). L'identification se distend sans disparaître. C'est le régime hybride Kubrick/Spielberg, celui où les deux visions cohabitent sans que l'une écrase l'autre.
Le troisième acte, situé 2000 ans dans le futur, abandonne presque tout ancrage causal et bascule dans un régime visionnaire. La narration devient quasi-symbolique, le monde autour de David est devenu incompréhensible pour le spectateur ordinaire. C'est le régime kubrickien pur, comparable au Stargate de 2001: A Space Odyssey. Allen (Adaptation, 2021), en s'appuyant sur les archives Stanley Kubrick conservées à l'University of the Arts London, démontre que cette tripartition était déjà inscrite dans les traitements développés par Kubrick avec Ian Watson : l'idée que Spielberg aurait ajouté une fin sentimentale est fausse. C'est Kubrick lui-même qui avait conçu le dernier acte avec les super-AIs et la journée reconstituée avec Monica.
La focalisation restreinte sur David, maintenue tout au long du film, crée une ironie dramatique permanente analysée par Melia (Screening the Past, 2017) : nous comprenons des choses que David ne peut pas comprendre. La scène de la Fée Bleue en est l'exemple le plus poignant. David prie avec une intensité absolue devant une statue de pierre. Cette ironie est à la fois pathétique et philosophiquement perturbante. Si son amour est réel, au nom de quoi disqualifier la prière qui en découle ?
Mot clé(s) associé(s)
Empathie
Narrativité
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Keven Laporte

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A.I. Artificial Intelligence

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