La béquille légitime — entre la critique de la « fausse relation » et le bénéfice du médiateur

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La béquille légitime — entre la critique de la « fausse relation » et le bénéfice du médiateur
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Une tension centrale traverse la littérature et le discours sur PARO : celle qui oppose la critique de l'attachement à un objet non vivant à la défense de cet attachement comme bénéfice thérapeutique légitime. Sherry Turkle, chercheuse au programme STS du MIT, formule la critique la plus articulée de cette tension : si elle reconnaît le potentiel de PARO comme aide à la communication, elle met en garde contre l'idée d'en faire un compagnon, et s'interroge sur ce qui nous rend si disposés à offrir à nos aînés — puis à nous-mêmes — des « fausses relations ». Cette critique repose sur une prémisse implicite : qu'une relation avec un objet qui simule l'attention, sans en partager les conditions d'existence (la vulnérabilité réciproque, la conscience, l'intentionnalité réelle), constituerait une relation de moindre valeur, potentiellement même une substitution appauvrissante par rapport au lien humain qu'elle imiterait.

Cette position peut cependant être nuancée. Une relation médiatisée par un objet n'est pas nécessairement une relation diminuée ou trompeuse : il est courant et reconnu comme sain de s'appuyer sur une « béquille » relationnelle — un objet, un rituel, un tiers non humain — pour soutenir une capacité relationnelle qui, sans cet appui, resterait inexploitée. Le cadre théorique du person-centred care de Kitwood (1997), mobilisé par Hung et al. (2021), permet de nommer précisément ce qui se joue ici : si la relation entre le patient et PARO est, au sens strict, une relation « je-cela » (l'objet n'est pas un sujet), les patients y projettent une intentionnalité et en retirent des bénéfices documentés relevant des besoins psychosociaux fondamentaux — attachement, identité, inclusion. Plusieurs patients de cette étude savent explicitement que PARO « n'est qu'un jouet », sans que cette connaissance n'empêche le bénéfice relationnel ni ne le rende malhonnête : connaître la nature de l'objet et en tirer un réconfort réel ne sont pas incompatibles.

Plus encore, dans les cas documentés où PARO fonctionne comme médiateur — facilitant une conversation entre un patient nouvellement admis et le personnel soignant, ou apaisant l'anxiété d'une patiente en salle d'attente au point d'engager la conversation avec des inconnus présents dans la pièce — l'objet ne se substitue pas à la relation humaine : il en devient le tremplin. C'est précisément ce que la critique de Turkle, centrée sur le risque de substitution, n'envisage pas pleinement : PARO peut fonctionner comme passerelle vers le lien humain plutôt que comme son remplacement, à condition — et cette condition reste empiriquement peu documentée dans la littérature consultée — que le dispositif soit effectivement utilisé en présence d'autrui plutôt qu'en isolement prolongé.
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
PARO (Therapeutic Robot)
E-mail de la personne ayant créé cette relation / annotation
Dominique Michaud

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