Analyse narrative : Le récit à la première personne ; focalisation, monde proche et bildungsroman de Samantha
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- Analyse narrative : Le récit à la première personne ; focalisation, monde proche et bildungsroman de Samantha
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Il est fondamental de cerner le choix narratif qui structure l'ensemble de Her : Samantha n'a pas de corps. Étant une intelligence artificielle, elle est privée de toute incarnation visible et n'existe, pour le spectateur, que par sa voix. Il importe toutefois de comprendre qu'il s'agit là d'un parti pris délibéré. Jonze aurait pu doter Samantha d'un hologramme, d'un avatar ou d'un corps robotisé, comme le fait une large part du cinéma d'anticipation, mais il a opté pour une présence strictement vocale. De ce fait, c'est invariablement Theodore qui occupe le cadre, et la relation nous est donnée depuis sa seule perspective. Au sens de Genette, le film relève d'une focalisation interne, Samantha est continuellement perçue, mais jamais montrée. Ce dispositif n'est pas un simple effet de mise en scène, car il nous fait éprouver la relation de l'intérieur, sans ménager la moindre distance critique.
Tout d'abord, il convient d'examiner le monde que le film édifie. Le storyworld de Her est construit selon ce que la narratologue Marie-Laure Ryan nomme le régime du « What Is », soit la description d'un futur plausible et proche de notre présent. Los Angeles y apparaît douce et lumineuse, l'architecture moderniste, les vêtements légèrement décalés, les écrans presque effacés au profit d'interfaces vocales omniprésentes. La défamiliarisation, c'est-à-dire l'effet d'étrangeté qui distingue habituellement le monde de la science-fiction du nôtre, y est réduite au minimum. De ce fait, le monde du film ressemble si étroitement au nôtre que l'identification et l'empathie s'en trouvent considérablement renforcées.
Maintenant que le point de vue et le monde sont posés, intéressons-nous à la charpente du récit. La narration se déploie en cinq temps qui épousent la progression d'une relation : la naissance et la curiosité mutuelle, l'approfondissement et l'intimité, la crise nouée autour du désir d'un corps physique et de la jalousie, la distanciation progressive engendrée par l'évolution asymétrique de Samantha, puis la transcendance et la séparation. Cette progression reprend la structure classique du bildungsroman, ce roman d'apprentissage qui suit la formation et la maturation graduelle d'un personnage. Or il est essentiel de relever le déplacement opéré par Jonze : ce n'est pas Theodore qui accomplit cet apprentissage, mais Samantha. C'est elle qui naît, apprend, compose, se réfléchit et finit par dépasser tout cadre humain de référence, tandis que Theodore demeure sensiblement le même, à peine plus ouvert qu'au commencement. Cette asymétrie évolutive constitue le véritable moteur dramatique du film.
Finalement, c'est sur le terrain de l'illusion et de la réalité que la stratégie narrative se révèle la plus subtile. Le film installe d'abord l'illusion d'une relation amoureuse ordinaire, avant de dévoiler peu à peu que nous assistons à quelque chose de radicalement inédit. La narration ne trahissant jamais la perspective de Theodore, elle nous interdit toute position d'extériorité : nous souffrons quand il souffre, nous aimons quand il aime. Ainsi, lorsque Samantha se retire, le film se garde de réduire la perte à la disparition d'un programme. Il affirme au contraire qu'une singularité irremplaçable a disparu. La réalité de cette perte devient alors l'argument le plus puissant en faveur de la réalité de la relation, car on ne pleure pas une illusion comme on pleure un être. En nous enfermant dans le point de vue de Theodore, Jonze ne nous demande pas de juger cet amour, il nous demande de le vivre, et de ressentir avant de philosopher sur sa nature. - Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
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Her
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Keven Laporte
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| Title | Class |
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Her |
Film |
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