l'IA comme promesse d'immortalité et substitut du défunt

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l'IA comme promesse d'immortalité et substitut du défunt
Argument de l'annotation
En filigrane de l'intrigue se déploie un récit téléologique aux accents transhumanistes : la mort cesse d'y être un horizon indépassable pour devenir un problème technique que l'IA pourrait résoudre en « continuant » la personne. Cette promesse n'est pas exposée d'emblée mais reconstituée par dévoilement graduel, ce qui en accentue la charge inquiétante. Le récit ne l'endosse pas : il la met en scène pour l'éprouver, mais il en restitue toute la séduction, en l'incarnant dans les figures du double et du portrait, cette réplique destinée à accueillir la continuation de Josie. S'y ajoute le motif classique de la copie et de l'original, soutenu par une conception implicite de l'identité personnelle comme ensemble de traits observables et reproductibles : si l'on observe quelqu'un assez finement, on pourrait le refaire. Cette métaphore de la personne comme donnée captable est précisément l'objet du procès que le roman instruit.

La promesse est portée par les adultes concepteurs, la Mère et le portraitiste, et reçue par Klara, qui en mesure peu à peu les implications. Le cadrage énonciatif oppose ainsi deux régimes de parole : le discours technique, confiant et résolu des concepteurs, et le trouble grandissant de l'exécutante appelée à incarner le projet. C'est dans ce contraste que le roman loge son interrogation morale, sans jamais la formuler directement. Le procédé le plus remarquable y est une anthropomorphisation retournée : il ne s'agit plus seulement d'humaniser la machine, mais d'envisager l'humain comme reproductible par une machine. La frontière entre humain et artificiel se brouille dans les deux sens — la machine se rapproche de l'humain pendant que l'humain est ramené à un ensemble de paramètres copiables, ce double mouvement étant plus vertigineux que la simple humanisation d'un robot.

La contradiction est au cœur même du projet, puisque « continuer » Josie suppose qu'elle soit intégralement transférable dans une machine, alors que tout le récit s'emploie à montrer ce qui résiste à ce transfert. Ce qui résiste n'est pas une essence mystérieuse, mais le réseau de liens que les autres entretiennent avec elle, leur amour situé, irréductible à une somme de comportements. Le roman suggère ainsi que l'irremplaçabilité d'une personne ne réside pas en elle seule mais dans la relation. Cette analyse dialogue avec les imaginaires transhumanistes de l'immortalité numérique (téléversement de l'esprit, vie posthume numérique, avatars de défunts) et, du côté de la santé, avec les fantasmes de réparation et de prolongation indéfinie de la vie portés par certains discours biotechnologiques, ainsi qu'avec les questions éthiques que soulèvent déjà les dispositifs de reconstitution de personnes disparues à partir de leurs données.
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
Klara and the sun
Média(s) (partie gauche)
Kazuo Ishiguro on Klara and the Sun

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