Spectacularisation et anthropomorphisation

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Spectacularisation et anthropomorphisation
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C'est dans cette analyse que Spillikin est le plus précieux pour le corpus, car l'anthropomorphisation n'y est pas seulement thématique, elle est matérielle et intermédiale. Le rôle de la machine est tenu par un véritable robot sur le plateau. Stamboliev en précise la composition, une tête SociBot, écran numérique tridimensionnel adaptatif servant de visage, montée sur un corps de RoboThespian mécaniquement rigide qui bouge à peine durant la pièce. Cet objet est en soi un cas d'école de feuilletage médiatique, puisque le cinéma, par le visage projeté, le masque et l'automate s'y superposent dans un même corps scénique. La spectacularisation est d'ailleurs assumée par Engineered Arts, pour qui la pièce sert à démontrer les capacités de la technologie, et la critique insiste sur le fait que le robot ne paraît jamais être un simple gadget, formule qui trahit en creux l'effort déployé pour conjurer ce risque.

L'apport décisif, toutefois, tient à ce que cette présence impressionnante repose sur une illusion d'autonomie techniquement infondée. Engineered Arts attribue au SociBot des capacités sociales, détection des visages, des expressions et des gestes, suggérant que le robot interagirait de lui-même avec Sally. Or les faits contredisent cette promesse. Le metteur en scène Jon Welch reconnaît que tout ce que le robot dit et fait est préprogrammé, l'automate étant relié à la régie d'où un ordinateur déclenche chacune de ses interventions. Stamboliev pousse la démonstration plus loin en observant que, dans plusieurs scènes, Sally se place hors du champ de vision du robot, qui réagit pourtant comme s'il la percevait, preuve que ses capacités annoncées de suivi et de reconnaissance ne sont presque pas mises en œuvre. La sociabilité du robot n'est donc pas une propriété de la machine, mais un effet de mise en scène.

C'est exactement là que l'œuvre performe l'imaginaire de l'IA. En donnant à voir une agentivité que la machine ne possède pas, le spectacle produit la croyance en une autonomie qui n'existe pas. Stamboliev souligne, en s'appuyant sur Breazeal, que le caractère social d'un robot tient moins à ses facultés réelles qu'à la tendance humaine à l'anthropomorphisme, le public dérivant les capacités du robot de sa simple ressemblance avec une interaction entre humains. L'enjeu n'est pas que la pièce mente, mais qu'elle fabrique, par les moyens propres du théâtre, une impression d'intelligence autonome qui déborde la scène et alimente l'imaginaire collectif d'une IA déjà capable de percevoir, de comprendre et de soigner. Le robot réel, présenté comme prouesse, devient ainsi le vecteur d'une croyance sur ce que l'IA serait capable de faire.
Le contenu à relier (ressource physique, actant, conceptuelle)
Spillikin, A Love Story
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Spillikin a love story : Bande-annonce

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