Zizi: Queering the Dataset (principes esthétique)

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titre du projet
Zizi: Queering the Dataset (principes esthétique)
nom de l'artiste
Jake Elwes
Date de production
2019
genre de l'oeuvre
installation vidéo, art génératif et art numérique
durée de l'oeuvre
135 minutes (boucle)
Style visuel
Zizi: Queering the Dataset se déploie comme une succession de visages entièrement synthétiques, générés par un réseau GAN dont on perçoit à la fois la puissance et les limites. L'esthétique du glitch et de la dissolution n'y est pas un accident technique à corriger, mais le cœur du propos politique : c'est précisément là où le réseau échoue — là où le visage se fragmente, où les traits se dissolvent en artefacts — que le biais algorithmique se rend visible. Les figures sont en mutation constante, ni tout à fait humaines ni tout à fait abstraites, oscillant entre reconnaissance et étrangeté. Cette frontière poreuse entre corps identifiable et abstraction computationnelle constitue en elle-même un récit critique : elle donne à voir ce que les systèmes de reconnaissance faciale ont appris à normaliser, et ce qu'ils refusent, structurellement, de voir.
Esthétique chromatique dominante
La palette de l'œuvre mobilise les codes visuels du drag (roses saturés, bleus électriques, rouges profonds, dorés), mais cette affirmation chromatique est constamment traversée par des zones de distorsion et de pixellisation grise, traces des erreurs de reconstruction du réseau. Cette tension visuelle entre la couleur revendiquée et affirmative du drag et la dégradation numérique raconte quelque chose d'essentiel : le système cherche à normaliser ce qu'il ne sait pas lire. La couleur devient ici un acte de résistance ; la dégradation, la preuve que cette résistance coûte quelque chose au modèle.
Textures dominantes
L'œuvre oscille entre des surfaces fluides (là où le réseau a bien appris à reconstruire un visage conforme à ses données d'entraînement) et des textures granuleuses, artefactuelles, qui surgissent au moment où le modèle rencontre ce qu'il ne reconnaît pas. Ces ruptures de texture ne sont pas des défauts à masquer : elles sont le lieu où le biais se manifeste physiquement, où la couture entre la norme et ce qui la déborde devient palpable. La dissolution texturale fonctionne ainsi comme un procédé narratif à part entière, rendant sensible l'écart entre ce que le système « sait » faire et ce qu'il s'avère incapable d'accueillir.
Style sonore
L'œuvre est entièrement silencieuse. Ce silence est un choix radical dans un contexte où le drag est fondamentalement une pratique sonore — lip-sync, cabaret, musique, performance vocale. En soustrayant le son, Elwes déplace l'attention vers la seule dimension visuelle du processus génératif, instaurant une distance contemplative qui invite le·la spectateur·ice à observer le système plutôt qu'à s'y immerger affectivement. Ce silence est aussi ce qui distingue Queering the Dataset de The Zizi Show qui viendra ensuite : là où l'une expose le mécanisme dans sa nudité computationnelle, l'autre réinvestit le plaisir et le spectacle du drag. Le silence est ici un dispositif critique avant d'être une contrainte formelle.
Présence/Absence de texte
Il n'y a aucune information textuelle présente dans l'oeuvre. Le langage est entièrement déporté vers les cartels, les documentations d'exposition et le site de l'artiste, où le propos analytique et militant est explicité. Ce choix maintient la primauté du visuel généré et refuse d'instrumentaliser le discours critique au sein de l'image. Le récit n'est pas dans la légende : il est dans la dissolution du visage, dans l'artefact qui surgit, dans la couleur qui résiste. C'est à l'œil — et à la réflexivité qu'il suscite — qu'est confié l'essentiel du travail narratif.
Relation aux spectaeur.ices (immersif, passif, interactif, etc.)
Dans sa version installative la relation est contemplative : plusieurs canaux projetés simultanément enveloppent le·la spectateur·ice dans un flux continu de visages en mutation, sans possibilité d'intervention directe. Ce dispositif favorise une forme de regard analytique, presque clinique, face à des images qui se dérobent sans cesse à l'identification. Dans sa version web app (zizi.ai), l'œuvre ouvre un espace d'expérimentation directe avec le système, transformant le·la spectateur·ice en utilisateur·ice actif·ve. Cette dualité reflète deux régimes d'engagement distincts avec la question du biais algorithmique : l'un de l'exposition et de la réflexion collective, l'autre de l'exploration individuelle et tactile.
Temporalité de l'oeuvre (ralenti, en boucle, linéraire, etc.)
L'œuvre est structurée en boucle de 135 minutes, sans début ni fin marqués, refusant toute narrativité linéaire au profit d'un flux continu et processuel. Le tempo est délibérément irrégulier : certaines transitions sont lentes et organiques, comme si le réseau hésitait entre deux identités ; d'autres sont abruptes, discontinues, révélant les instabilités propres au processus d'inférence. Cette irrégularité temporelle n'est pas décorative — elle donne à sentir le rythme de la machine, ni humain ni prévisible, et rappelle que le modèle génératif ne progresse pas vers une résolution : il tourne, recommence, produit et efface sans que rien ne soit jamais définitivement stabilisé. En cela, la temporalité de Zizi est elle-même une critique des récits de progrès linéaire qui entourent l'IA.

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