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Chom5ky vs Chomsky : des biais algorithmiques en question Conference
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Humanisme numérique pour manipuler des connaissances entre confiances intimes et numériques Conference
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« [Chez Bolter et Grusin] ils associent transparence et immédiateté. Ils sont indissociables. Ils parlent même de "transparent immediacy" ce qui signifie, par transparence, c'est qu'on ne perçoit pas la médiation. La médiation s'efface. Cela signifie que, dans la perspective qui est la leur, l'objet de la médiation,ce qui est représenté ou reproduit par la médiation, donne l'impression d'être là. Cela donne l'impression que ce qui est représenté est réellement présent. Donc, il y a cette idée de coprésence avec la chose représentée, ou l'être, comme si elle, ou il, était vraiment là et cette impression d'immédiateté. Pour les médias et les arts en général, il s'agit de reproduire une réalité, peu importe ce que c'est, çapeut être une réalité imaginaire aussi, de la façcon la plus fidèle qui soit. Ce qui correspond aux esthétiques de la "mimésis", de la vraisemblance, de l'illusionisme, du réalisme, du naturalisme, etc. Le fondement de la transparence, évidemment, c'est la fidélité de la reproduction au modèle. On est, le plus possible, au point où le reproduit, ou la copie, se confond avec la modèle. » author self citation
« À cet égard, on peut même avancer que la crise qui secoue le monde socionumérique, et à laquelle les médias de masse font puissamment écho en ce moment, peut être pensée comme une manifestation régressive, comme un retour à un système traditionnel, celui des oppositions binaires, où des nouvelles vérités se substituent aux anciennes, alors que les arts trompeurs sont, eux, centrés sur l’indiscernable. Les spécialistes du patrimoine, confrontés à la nécessité de distinguer ce qui est patrimonial de ce qui ne l’est pas, de ce qui ne le serait pas, ont eux aussi assez vite compris que la vérité était une construction, et non pas un donné indépendant. » author self citation
« À force d'être répété, par contre, un mensonge finit par être une vérité et c'est ansi qu'une uchronie prend racine et se déploie. Au delà de la dimension politique de la situation, on est en droit de se demander, compte tenu de l'utilisation abusive des médias sociaux pour répandre ses mensonges et balivernes, que peut-on dire des formes de la vérité, voire de notre expérience de la vérité sur Internet? Peut-on croire ce qui est dit, quand un personnage aussi important qu'un président des États-Unis peut mentir de façon éhontée, et non seulement mentir mais dans des exemples extrêment complexes d'une novlangue, prendre ces mensonges pour une vérité, des articles qui le contredisent pour des fake news et les journaux et chaînes de télévision qui vérifient le bien fondé de ses assertions pour des ennemis du peuple et de la démocratie. La meilleure façon de produire une désinformation efficace, l'ont bien saisi les idéologues, c'est d'inonder les médias littéralement de merde, de bruit et de fureur, de calomnies, d'énormités. Comme le dit Bannon : "To flood the zone with shit". » author self citation
« Bien sûr, comme les arts trompeurs, les puissances du fake jouent sur les ressorts de l’illusion pour séduire les foules et leur faire vivre des émotions fortes fondées sur un vaste éventail de ressentis, de l’émerveillement à la colère. Mais alors que les arts trompeurs aujourd’hui affichent, dans la vaste majorité des cas, leur recours à l’illusion, les puissance(s) du fake semblent l’occulter. La situation actuelle révèle en effet une rupture majeure entre ces deux sphères illusionnistes. Le système qui fournit des repères partageables, tout en assurant l’évolution de ce qu’on peut considérer vrai, n’est plus uniformément opérant. Comme si la littératie acquise par le public dans le champ des arts trompeurs restait embryonnaire dans celui de l’informationnel. Les arts trompeurs, qui ne trompent plus grand monde, dans la plupart des cas, révèlent en creux la nécessité d’accélérer cette littératie terriblement lacunaire dans le monde socionumérique actuel. » author self citation
« Comme le suggère Sabine Süsstrunk, qui est directrice de recherche en informatique des images dans un institut en Suisse, j'ai relevé, dans un récent interview qu'elle produit avec une historienne de la photographie qui s'appelle Estelle Blaschke et un artiste Armin Linke, qu'elle propose, elle formule un doute sur la véracité des images et qui peut servir de constat de départ pour examiner, justement, la photographie contemporaine. Je lis en quelques lignes son propos : "Mais c'est ça le truc, vous savez ce que c'est un "deepfake" ou est-ce que ce n'est pas un "deepfake" ? Ce sont des questions que nous devons nous poser. Un portrait artificiellement généré est en tout cas un "deepfake" , mais une photo de moi avec un nouveau rouge à lèvres ou de nouvelles lunettes est-ce un "deepfake" ? D'un côté, mais oui ! Ce ne sont pas mes lunettes et je ne porte jamais de rouge à lèvres. Cela devient donc problématique. Je pense que la société a appris que les "fakes" existent, mais nous ne savons pas encore ce que nous faisons de cette connaissance." Donc, pour Süsstrunk, plutôt que d'établir des distinctions formelles entre le vrai et le faux, il serait nécessaire, en réalité, de comprendre les rapports entre documents photographiques et trucages, du point de vue d'un examen des modalités de production de l'image. C'est-à-dire, depuis l'infrastructure de l'image. Or, les médias génératifs sont aussi des médias computationnels, c'est-à-dire qu'ils sont les produits de calculs. Comment alors penser l'authenticité de ces images ? » author self citation
« Dans l'art magique, tout est tromperie et désinformation, mais une désinformation avérée. Donc la performance magique, pour moi, il est impossible d'en cerner l'authenticité tout en sachant très bien les ressorts utilisés et en connaissant son artificialité. Pour moi, ce qui définit le spectacle de magie, [...] c'est un spectacle dans lequel on est jamais trompé, c'est-à-dire [que] pour moi, si on ne sait pas qu'on est face à un spectacle de tromperie alors on n'est plus dans le domaine du spectacle de magie, le spectacle de magie est un spectacle qui affirme son artificialité et sa fausseté quelque part. » author self citation
« Deleuze nous décrit, à propos de la narration falsifiante, une sorte de monde en suspension où émergent des signes purement visuels et sonores, ce qu'il appelle, à l'occasion, des "obsignes" , des "sons-signes" qui sont déconnectés des autres images mouvements et, à la lettre, qui ne valent plus que pour elles-mêmes, qui deviennent autoréférentielles. Il ne s'agit plus d'images affection, d'images action, il s'agit d'images souvenirs, d'images rêves, d'images mentales. Ce qui intéresse Deleuze, c'est vraiment la dimension virtuelle qui habite et qui hante l'image perception et qui vient créer cette rupture dans les connexions logiques de la réalité a priori, donc représentée à l'écran. Au point, où, justement, la distinction entre le vrai et le faux, le réel et l'imaginaire, se brouille et devient, à la limite, indiscernable. » author self citation
« Je vais commencer par une distinction qui est au cœur de ma définition de la puissance du faux. C'est une distinction oppositionnelle proposée par Deleuze dans ce qu'il appelle "la narration véridique" qui prétend au "vrai" et "la narration falscifiante" qui abandonne cette prétention pour mieux en libérer "les puissances du faux" . Pour Deleuze, la narration véridique, c'est donc celle qui déploie un récit, qui présuppose des enchaînements logiques entre les plans filmiques et des rapports de causalité, qui lie des personnages, des objets, des situations qui sont clairement identifiables. Donc, il ne s'agit pas de penser le dualisme vrai / faux du point de vue du régime de la fiction. Je cite, je l'aime beaucoup, le théoricien Thomas Pavel pour qui la fiction déploie des mondes "incomplets, car on ne saura jamais combien d'enfants a lu Lady Macbeth (...) Inconsistants, car les phrases suivantes sont toutes les deux vraies : 1) Sherlock Holmes habitait Baker Street. 2) Sherlock Holmes n'a jamais habité Baker Street. Irrémédiablement imaginaire enfin, car en cas de besoin d'un détective privé, nul ne cherchera les services de Sherlock Holmes" (Pavel, 1988, p.98) Mais pour Deleuze, il ne s'agit pas de parler de la fiction en terme de vrai ou de faux. Lui, ce qui l'intéresse, c'est la tension entre le véridique et le falsifiant que je vais expliquer tout de suite. » author self citation
« Les puissances du faux interviennent dans la sphère informationnelle. Elles prennent racine autour des techniques de persuasion, allant de la publicité à la propagande qui vise depuis ses origines en Chine chez les Sophistes à convaincre, à séduire ou à exercer une influence, une domination. La mise en cause de la dynamique entre autorité et vérité caractérise l'écologie médiatique de notre époque à travers un remodelage de ces régimes d'authenticité. Elle engendre des phénomènes croissants de désinformation et de manipulation qui multiplient leurs incidences sur nos façons de construire l'information alors que les croyances prennent parfois la place du jugement rationnel dans l'évaluation informationnelle. Il est de plus en plus difficile de constituer un fondement commun propre à établir la pensée critique dans l'écosystème socionumérique tout en préservant la variété de ces expressions. » author self citation
« Mais cette idée de la confiance (apportée par Mark Hunyadi dans son ouvrage "Au début de la confiance" [2020]) est intéressante. Il s'inspire bien sûr de ce qu'a proposé Citton au tour de cette question de l'économie de la connaissance. Sauf que Citton va plus mettre l'accent un peu moins sur la confiance que plutôt sur l'interprétation. C'est plutôt sur le processus de construction de cette confiance. Et ce qui est intéressant chez Citton, c'est qu'il va mettre en avant, finalement, - et ça, au niveau des fake news, ça peut être important de le prendre en compte - bien plus cette question de ce qu'on appelle les cadrages des pratiques. Qu'est-ce qui conditionne finalement l'utilisation d'une information plutôt que sa vérité ? Ce qu'il va mettre en avant, c'est moins de questionner "est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux ?", la question des fake news. Mais bien plus, "qu'est-ce qui est important dans cette information ?" Et la question de ce qui est important, selon lui, c'est la question politique par excellence, c'est-à-dire qu'il va falloir se positionner. Il va falloir interpéter, d'où la nécessité (...) d'arriver à avoir la description d'un contexte, la modélisation d'un contexte et comment est-ce qu'on va, soi-même, se placer dans ce contexte-là. Comment va se définir les différents points de vue à l'intérieur de ce contexte ? Ce qu'appelle Citton le "cadrage des pratiques". » author self citation
« Même chose avec l'intelligence artificielle ; Est-ce que l'intelligence artificielle est un reflet de nous-même ou elle n'est que le reflet de ce qu'on affiche en ligne. Et donc, encore une fois, qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux ? » author self citation
« Notre point de vue est moins de départager le vrai du faux, bien qu'on ne puisse pas tout à fait s'abtraire de cela, mais de nous centrer sur les processus, les opérations, les agents, les conjonctures qui font qu'un individu percoive quelque chose qu'il ne percevrait pas avant. Ce que je viens de dire, (...) c'est pratiquement la définition de la médiation la plus courante. Une définition qui est assez classique de type phénoménologique anthropocentré, donc centré sur l'humain. La médiation consiste donc à rendre perceptible à la conscience ce qui, sans la médiation, ne le serait pas. » author self citation
« On essaie de créer un parallèle historique pour regarder aujourd'hui comment les nouvelle technologies, comment ces écosystèmes de l'information de plus en plus prégnants dans la vie de chaque jour, entraînent des effets de détournement ou d'imposture qui nous amènent à nous intéresser à redéfinir ce que pourrait être le concept de vérité, ce qui amène notamment de nombreux chercheurs à parler de post-vérité, comme il y a quelques années on s'est mis à réfléchir à la question de la post-modernité, sur une nouvelle façon de concevoir l'évolution historique, non plus en terme de progrès mais en terme de relativité des agencements dans le temps et plus dans une vision linéaire du monde. De même pour la vérité : aujourd'hui, on le voit bien, à travers les réseaux sociaux, à travers les événements notamment politique, où les faits n'ont pour certains plus aucune importance et ce qui va primer c'est le fait d'exprimer une opinion et parce qu'on exprime une opinion, cela fait acte de vérité. Les réseaux sociaux accentuent encore le phénomène en créant des bulles informationnelles dans lesquelles on s'auto-légitime parce qu'on va défendre les mêmes idées. » (Samuel Szoniecky) author self citation
« On peut parler franchement, la façon avec laquelle on gère et on évalue les thèses doit être changée. On ne peut pas rester comme ça. On est en mutation. L'IA générative aujourd'hui, c'est un outil hyper puissant. Sans doute, elle est beaucoup plus puissante que moi en lisant quinze livres. Je suis beaucoup plus subjectif qu'elle. La subjectivité n'est pas toujours mauvaise. Par contre, évidemment, l'IA générative va améliorer notre productivité en terme d'analyse des données et de synthèse des données. Même, dans la qualité d'écriture, elle va nous aider à faire de belles communications claires. Elle écrit mieux que nous, mieux que moi au moins. J'en suis certain. Quand il écrit, c'est impressionnant. Il y a de la clarté dans l'écriture, mais il y a beaucoup de répétition et il y en a beaucoup trop, mais pas de faux. Il y a juste un manque de clarté. Donc, on peut évaluer, discuter avec l'IA des démonstrations, de la pensée critique. On peut partager des choses et elle peut pousser aussi vers de nouvelles idées. C'est vrai, cela pousse des pistes pour les étudiants. » author self citation
« Très lié à la question qui intéresse ce séminaire, qui est le faux et puisqu'on essaie après de faire convergence avec l'IA, c'est aussi la très célèbre définition de sémiotique donnée par Umberto Eco, six ans après McLuhan. Donc, vous voyez, ils étaient des contemporains. Eco disait que la sémiotique c'était la discipline qui étudie tout ce qui peut être pour mentir. Si quelque chose, si le signe ne peut pas être utilisé pour mentir, alors il ne peut pas non plus être utilisé pour dire la vérité. Donc, au final, on peut l'utiliser pour rien, donc ce n'est pas un signe. Il mettait en avant le problème de comme quoi les signes, c'est quelque chose de conventionnel, c'est quelque chose de culturel. C'est quelque chose qui appartient à un système de règles partagé, social, etc. Mais au final, on peut discuter, on peut critiquer, cela fait cinquante ans. Aujourd'hui, les sciences cognitives, la perception est étudiée, comment le cerveau des individus influence également comment on perçoit les signes, c'est beaucoup plus important aujourd'hui. Avec Eco, c'est intéressant de voir comment il analysait le succès ou l'échec de la communication. » author self citation
Il me semble, en effet, que plutôt que de perpétuer des systèmes d'oppositions binaires entre, dans ce cas-ci, la transparence et l'opacité, nous devrions focaliser notre attention sur la sophistication grandissante et le haut degré de complexité qui caractérisent les médiations que nous vivons à présent et qui n'ont pas de précédent historique.  Conference
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